Elle sentait que la vie commençait mal pour elle.

Elle condamnait Jacques de l'avoir trompée, de lui avoir menti, car elle n'avait pas de doute sur la réalité de l'accusation portée contre lui par cette photographie qu'elle avait vue et qui lui avait mis, pour ainsi dire, la trahison sous les yeux, trahison d'hier et de tous les jours depuis qu'elle le connaissait, car il lui affirmait chaque jour qu'il l'aimait, et chaque jour peut-être il le disait aussi à cette femme qu'il n'avait pas eu le courage de quitter, sans doute parce qu'il l'aimait encore, du moins Laurence, en sa naïveté, le pensait ainsi.

Elle condamnait donc Jacques hautement, mais au fond de l'âme elle lui trouvait des excuses, et elle était obligée de s'avouer qu'elle l'aimait malgré tout, et que si elle était seule, sans la surveillance rigide de sa grand'mère, elle lui pardonnerait!

Elle souffrait atrocement de n'être pas libre de lui pardonner, de le rappeler à elle, et elle se disait que peut-être elle ne le verrait jamais plus maintenant, qu'il allait l'oublier, revenir tout entier à cette femme, ou en aimer une autre. Une autre! Et cette pensée, la plus cruelle, la plus atroce de toutes, car Laurence était plus jalouse encore de l'avenir que du passé, cette pensée lui faisait fermer les yeux de douleur, et la laissait inerte et comme anéantie, aussi languissante que si la source de vie se fût soudain tarie en elle.

Madame de Frémilly poussa la porte.

Elle était recoiffée, avait jeté un peignoir sur ses épaules.

Elle s'étonna de voir Laurence assise, ayant encore son chapeau de voyage sur la tête.

Elle s'écria:

—Tu n'es pas prête? A quoi penses-tu?

Laurence ne répondit pas.