Elle se leva, se prépara à la hâte, et elle descendit, toujours silencieuse, et sa grand'mère, qui marchait à côté d'elle dans le vaste et solennel escalier, la contemplait en soupirant, devinant ce qui se passait en elle, tout ce que souffrait ce pauvre coeur qu'elle aimait tant!
Mais pouvait-elle agir autrement? livrer sa petite-fille, si pure et si naïve, à un homme qui la trahirait peut-être le lendemain du mariage comme il la trahissait la veille?
Son devoir à elle, grand'mère, qui avait l'expérience de la vie et qui en avait tant souffert, était de veiller sur le bonheur de sa petite-fille, de la garder contre des déboires trop certains, et dont elle avait connu si cruellement l'amertume!
Et la douleur même de Laurence la raffermissait dans la résolution qu'elle avait prise de la séparer d'un homme indigne d'elle, car cette douleur même lui montrait combien était violente la passion qui la possédait, et combien elle en souffrirait, puisque, dans la pensée de madame de Frémilly, cette passion devait nécessairement être malheureuse.
Il était peut-être temps encore de guérir la pauvre enfant d'un amour funeste. Plus tard le mal eût été sans remède!
Dans la salle à manger immense et que chauffait une cheminée monumentale, dans laquelle des arbres entiers brûlaient, une petite table était dressée devant le feu.
C'était la table où madame de Frémilly et Laurence allaient s'asseoir, où elle s'assoiraient maintenant tous les jours, toujours seules.
Il n'y avait que deux couverts.
Souvent à Paris, il y en avait trois.
On ajoutait le couvert de Jacques.