C'était un bel enfant qui fuyait de la terre.
Son œil bleu du malheur portait le signe austère.
Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants,
Et les vierges du ciel, avec des chants de fête,
Aux palmes du martyre unissaient sur sa tête
La couronne des innocents.
—Où donc ai-je régné? demandait la jeune ombre.
La France entière pleurait à ces charmants souvenirs! La France entière a répété ces cantiques en l'honneur de tant de misères passées, et de tant d'espérances présentes:
O Français! louez Dieu, vous voyez un roi juste!
s'écriait l'auteur des Contemplations, le jour glorieux où reparut le roi Henri IV sur son piédestal:
O juge! O triomphe! O mystère!
Il est né, l'enfant glorieux...
s'écriait le poëte, à la naissance de Mgr. le duc de Bordeaux.
Et toi, que le Martyr aux combats eût guidée,
Sors de ta douleur, ô Vendée!
Un roi naît pour la France, un soldat naît pour toi!
Voilà pourtant les premiers vers que nous avons entendus retentir à nos oreilles charmées! Enfants que nous étions encore, voilà nos émotions, voilà nos exemples, voilà nos rêves! Lui-même, quand il passait par sa ville en deuil, le roi Louis XVIII, ce dernier roi qui ait eu l'honneur d'entrer mort en son église royale de Saint-Denis, il fut salué par un vrai poëte; Victor Hugo, jeune homme, ajoutait sa douleur impérissable au De profundis de la ville... où jamais la couronne ne tombe, disait l'ode inspirée au tombeau des rois; Victor Hugo, lui aussi, écrivit une ode éclatante, au sacre du roi Charles X, et voici la prière que ses cantiques adressaient au Tout-Puissant, agenouillés à ses autels:
O Dieu! garde à jamais ce roi qu'un peuple adore!
Romps de ses ennemis les flèches et les dards;
Qu'ils viennent du couchant, qu'ils viennent de l'aurore,
Sur des coursiers ou sur des chars!
Charles, comme au Sina, t'a pu voir face à face!
Du moins qu'un long bonheur efface
Ses bien longues adversités!
Qu'ici-bas des élus il ait l'habit de fête;
Prête à son front royal deux rayons de ta tête;
Mets deux anges à ses côtés.
Rappelez-vous aussi, le jour même où 1830 accomplissait sa révolution soudaine, ce vieillard couronné de sa gloire et de ses cheveux blancs, le poëte du Christianisme et le chantre inspiré des Martyrs, entraîné dans la foule victorieuse, et proclamé par elle, au dernier moment des trois jours, à la même heure où le nouveau roi va chercher à l'Hôtel-de-Ville les pouvoirs que l'Hôtel-de-Ville a brisés. Qu'elle était éloquente, et qu'elle était écoutée avec respect, la voix de M. de Chateaubriand! Quelle majesté dans ces adieux suprêmes, du haut de la tribune, où les pairs de France écoutaient, pleins d'attendrissement, de respect..., de remords peut-être, ces plaintes libérales, ces accents prophétiques! Et comment donc, à la même heure, quand les plus grands poëtes de l'âge ancien et des temps présents se mettent à pleurer la royauté qui s'en va, un écrivain de vingt-cinq ans, docile à toutes ces impressions surnaturelles, eût-il négligé de mêler sa douleur et son deuil à cette louange unanime, à ce deuil reconnaissant?