M. de Castelnaux répondit plein d'émotion:

—Et puisqu'il en est ainsi, monsieur le comte, puisqu'enfin vous revenez à la reine, quand je serais un Riquety ou un Montmorency, je consentirais à vous servir de laquais pour le reste de mes jours.

—Non! Monsieur, reprit le tribun, des serviteurs tels que vous n'appartiennent qu'à des reines; quant à moi, je vous demande humblement la permission de me dire, après vous, un serviteur de Sa Majesté.—Vous êtes plus que son serviteur, Monsieur, vous serez son sauveur et son ami. Moi je serai son valet toute ma vie, et pourvu que je la voie heureuse, alors je suis heureux! Adieu donc!... et que rien ne vous retienne en vos projets sauveurs; adieu, notre espoir, adieu notre force, adieu, Mirabeau; adieu aussi à vous, cher Seigneur, me dit-il en se tournant vers moi, votre cœur est honnête et vous aimez notre reine autant que vous pouvez aimer.

—Monsieur le marquis, reprit Mirabeau, voyez-vous cette étoile au plus haut du ciel? c'est l'étoile de la reine et le plus brillant de tous les astres, à dater de ce soir.

Castelnaux ôta son chapeau, Mirabeau ôta le sien, j'étais tête nue, et tous les trois nous avons salué la pâle et douce constellation.

Et partis au galop, nous entendîmes dans le lointain la voix de Castelnaux qui s'écriait: Tout mon sang est à vous, comte de Mirabeau!


QUATRIÈME PARTIE


CHAPITRE I