Non pas que ces trois derniers livres soient tout à fait de bonnes œuvres, au moins on y trouve une certaine habileté, un certain art.

Si l'auteur avait été le maître, il eût supprimé de sa vie et de ses œuvres au moins les contes que voici. Mais le moyen d'ôter une page?... et surtout quand cette page est peut-être un obstacle au renom de l'écrivain?

Toutefois, l'auteur se console en songeant que s'il eût volontiers retranché plus d'un conte, il n'a rien à modifier dans les opinions, la constance et la fidélité de toute sa vie!

En tout ce qui touche aux sentiments de son âme, aux passions de son cœur... il est le même! Ami des anciennes chansons, négligent des cantiques du lendemain.

Passy, 1er janvier 1863.

AVANT-PROPOS

DE LA PREMIÈRE ÉDITION—MAI 1832.

Je demande au lecteur qu'il me pardonne un titre ambitieux: Contes fantastiques. Le seul titre un peu véridique à ces compositions, trop hâtées, serait celui-ci: Historiettes, ou bien cet autre: Contes, tout simplement. Mais dans ce nébuleux royaume littéraire, on ne dit pas toujours ce que l'on voudrait dire, et les circonstances vous mènent loin. La mode surtout, souveraine maîtresse des chefs-d'œuvre d'un jour, impose à ses poursuivants de très-rudes conditions, en échange d'un sourire que souvent elle ne donne pas.

Contes fantastiques! Mon titre est un leurre. Il y a bien peu même de fantaisie en toutes ces pages, et vous n'y trouverez aucune des précieuses qualités de maître Hoffmann, qui nous a révélé une poésie inconnue. Poésie du foyer domestique, et poésie de célibataire en même temps; poésie de l'homme heureux qui n'a rien à faire, de l'homme passionné sans passions; poésie du buveur qui ne s'enivre pas, de l'homme qui dort tout éveillé; poésie d'amateur de tabac de toutes sortes et qui fume dans toutes les postures: capricieuse et folle, souple, élégante, facile à vivre, plus souvent échevelée que parée avec soin, montrant son sein et sa jambe à qui veut les voir, et cependant toujours chaste et modeste. La poésie fantastique est une très-belle et très-aimable fille qui aime les joies et les libertés du cabaret, qui se plaît à l'ombre du joyeux bouchon, qui recherche de préférence tous les plaisirs à bon marché. Oh! quand nous l'avons vue, en sa négligence, venir à nous du fond de l'Allemagne, comme nous avons été surpris et charmés! Quelle différence entre la poésie fantastique et toutes les autres poésies.