L'enfant chercha un peu de vent là-haut; Adolphe et Clara cherchèrent un banc de mousse, un piédestal champêtre.

Et peu à peu, elle devint si tendre, elle trouva tant de souvenirs à ses ordres, elle parla avec tant de douces paroles, qu'elle reprit toute sa hauteur; il fut à genoux devant elle, il retrouva sa Galatée comme elle était, quand il l'anima, par un souffle.

Ne désespérez jamais des femmes; elles ont beau descendre de la hauteur où la passion les place, elles auront beau devenir comtesses ou mères de famille; elles sauront toujours, au besoin, se poser au-dessus de l'homme qu'elles aiment et trouver un piédestal, quel qu'il soit, bloc de marbre ou banc de gazon.

Mais, cette fois, Clara était trop au niveau du monde, pour que le monde la laissât libre et tranquille sur ce piédestal fragile. La passion est entourée de mille exigences; une fois déplacée, elle est en lutte perpétuelle avec le monde. Aussitôt que la jeune fille oubliant l'amour se jette dans l'ambition, il faut que l'ambition soit la plus forte, et voilà ce qui arriva encore ce jour-là. Clara fut surprise sur son piédestal par le monde pour lequel elle l'avait abandonné. Le monde est comme ces amants jaloux qui surveillent la conduite des nouveaux convertis, sauf à leur faire subir le dernier supplice, s'ils sont renégats. Le monde accourut dans les jardins de Clara, et croyait y trouver Clara: il y trouva Galatée... Il est si jaloux, si cruel et si curieux, le monde!

Surprise ainsi, Galatée rougit un peu, comme rougit l'apostat au pied de l'autel. Adolphe, la voyant honteuse de sa passion, retomba tout entier dans la vie réelle.—Il redevint un cavalier accompli.

—Madame la comtesse est montée sur ce banc, dit-il aux curieux, parce que le vent dérangeait ses cheveux; notez bien qu'elle avait ses cheveux en bandeau sur son front, et que le vent eût glissé sur ses cheveux lisses et polis, sans en déranger un seul.

Les curieux se contentèrent des explications d'Adolphe, homme du monde; il suffisait d'ailleurs, que Galatée redevînt comtesse au premier ordre; et qu'elle retombât du banc de gazon où elle s'était placée un instant, pour s'asseoir sur la causeuse de son salon.

Ils en étaient là, tous s'observant du fond de l'âme, quand l'enfant revint, son cerf-volant à la main: le cerf-volant avait les ailes basses, l'air triste, humilié.

—Mon cerf-volant ne veut pas voler! ma mère, dit l'enfant: il n'y a pas le moindre zéphire au jardin.

Pour le coup, la dame eut honte et rougit: surprise dans sa passion, elle avait été peu déconcertée, surprise dans son excuse, elle se sentit prête à défaillir.