Adolphe courait donc après la Galatée de ses beaux jours, le marbre de Paros qu'il avait animé de son souffle, et sous son cœur de dix-sept ans.—Elle avait fui bien loin, la cruelle; elle l'avait abandonné longtemps au milieu des affaires, des plaisirs, des honneurs de tout le monde. Enfin, sur un blanc rayon de soleil, elle lui était apparue plus jeune et plus souriante; il l'avait aperçue à travers le prisme d'automne; et maintenant il courait après elle et la suivait au parfum de sa robe, à sa démarche de déesse!
Ainsi la suivant toujours, il arriva jusqu'à la maison qu'elle habite, il frappait à la porte, et la porte s'ouvrit; il la vit, non pas telle qu'elle était devenue; il la vit épanouie, accorte et bienveillante. Pendant qu'il était devenu un homme, elle était devenue une femme; d'enfant qu'elle était, elle était parvenue à l'adolescence, et bientôt—mariée;—elle était mère d'un enfant blond, comme elle était blonde autrefois; à tout prendre, elle était si peu changée, qu'elle reconnut Adolphe au premier coup d'œil.
—D'où viens-tu? lui dit-il, je t'ai attendu bien longtemps!—Sois le bien venu, la journée est si belle! Il la dévorait des regards et de l'âme, et ne put dire que ce mot: Galatée!
—Oh! dit-elle, je ne suis plus Galatée, un morceau de marbre sans souvenirs; je suis une femme qui se souvient et qui t'aime! Galatée est descendue de son piédestal! Disant ces mots, ses beaux yeux se couvrirent d'un nuage, et ses longs cils, croisés, projetaient une ombre légère, sur son regard de feu.
—Et n'as-tu jamais regretté ton piédestal, ma bonne Claire? disait Adolphe (il lui donnait alors son nom de mortelle), la voyant descendue de la poésie où il l'avait vue placée.
—Je l'ai regretté souvent, très-souvent, ce piédestal sur lequel tu t'agenouillais à mes pieds; que de fois tu l'avais baigné de tes larmes; tu l'avais brûlé de tes baisers! C'est de mon piédestal que m'est venue la vie; le feu de tes lèvres a passé de mes pieds à mon cœur, et tu me demandes si je pleure? Mais, n'y pensons plus. En même temps, elle versait une larme de regret.
—Vous avez raison, madame, lui dit Adolphe, de regretter ce beau piédestal; à présent que nous sommes de niveau, vous et moi, comment pourrai-je vous adorer, Galatée? à présent que vous êtes descendue à ma hauteur, comment pourrai-je m'agenouiller devant vous?
—Tais-toi! tais-toi! fit-elle, et sortons d'ici. Puisque nous sommes de niveau, marchons ensemble; et si je suis ton égale, au moins, donne-moi ton bras, ton bras gauche! Et ils sortaient ensemble, quand la petite fille les suivit:
—Maman, dit-elle, je vais avec toi?
Adolphe se tenait sur le seuil de la porte, quand il vit cet enfant qui venait. Il baissa la tête en soupirant, Clara le comprit, elle dit à l'enfant:—Prends ton cerf-volant, ma fille! L'enfant prit son cerf-volant; Adolphe reprit le bras de Clara, ils entrèrent dans le jardin.