Alors il faudrait bien qu'il se contentât d'une poule noire, ou d'un mouton, moins encore, d'une grenouille au milieu du chemin. Ces sortes de pactes, cependant, ne lui déplaisent pas, parce que le hasard et Satan sont deux bons amis. Plus d'une fois il lui est arrivé de rencontrer le vieux père, ou la femme, ou le fils de ce même compagnon, qui déjà s'en croyait quitte à si bon compte.
Hélas! c'est l'histoire d'Iphigénie ou de la fille de Jephté!
Donc, le bailli, de son petit oeil narquois, disait à cet oeil noir:
—Puisqu'on te le donne, ami fantôme, prends ta proie, et va-t'en loin d'ici. Eh bien, que tardes-tu? c'est le pacte, me voilà délivré de tes griffes.
A quoi l'homme noir répondit par un rire silencieux et de petites flammes bleues qui sortaient de sa bouche:
—Oui, dit-il, je tiens ma proie, on me la donne, et je te quitte, à moins pourtant que ce bonhomme ne m'ait pas donné son porc de bon coeur. C'est le bon coeur qui fait le présent, tu le sais bien. Il ne s'agit pas de donner de bouche, il faut que la volonté y soit tout entière. Attendons!
Comme il disait ces mots, le diable et le bailli virent accourir du milieu des feuillées une douzaine de charbonniers, qui, voyant le porc allant de leur côté, poussèrent des cris de joie:
—Ah! mon Dieu! disaient-ils, ami Jean, où donc as-tu trouvé tant de provende?
Et les voilà entourant la bête et son guide. Ils ne contenaient pas leur joie; ils dansaient en rond et chantaient: Ami pourceau! quelle fête et quel bonheur! Nous mangerons ton sang, nous mangerons ta chair! Nous ferons des saucisses, des boudins, des grillades; ta tête et tes pieds nous reposeront d'un long jeûne!
Et tous ils étaient si contents, si joyeux, qu'ils ne virent pas même le bailli. Celui-ci poursuivit son chemin.