D'où je conclus, à coup sûr, qu'à cette première question que la Critique adresse nécessairement à un livre nouveau: où allez-vous? c'est non-seulement pour l'auteur un devoir de répondre, mais encore une bonne précaution à prendre, un passe-port qui peut lui être d'une grande utilité plus tard, dans cette route si incertaine, si mal entretenue, si obscure, de la faveur populaire.

Ainsi fais-je aujourd'hui; cependant c'est à peine si je sais moi-même ce que c'est que mon livre;

Si, par exemple, je n'ai fait là qu'un roman frivole,

Ou une longue dissertation littéraire;

Ou bien encore un sanguinaire plaidoyer en faveur de la peine de mort;

Ou même une histoire personnelle;

Ou, si vous aimez mieux, quelque long rêve commencé dans une nuit d'été lourde et chaude, achevé au milieu de l'orage.

Quoi qu'il en soit, mon livre est fait; le voici: maintenant, à la grâce de Dieu et du lecteur!

À peine sorti de ma retraite, mon œuvre à la main, j'ai rencontré tout à coup la Critique, cette capricieuse déesse dont on parle en sens si divers; je l'ai reconnue à son air ennuyé; dès le premier abord, elle a été impitoyable à mon égard; c'était pourtant la première fois qu'elle me voyait.

Elle a commencé par me demander si j'étais un poëte; et lorsque dans toute l'humilité de mon âme je lui eus répondu que non-seulement je ne l'étais pas, mais que je ne l'avais jamais été, elle est devenue plus affable; seulement elle m'a conseillé de prendre un air plus grave et moins content de moi-même, et surtout de me couvrir d'un manteau plus prosaïque pour le voyage périlleux que je voulais accomplir.