M. Colin-Tampon détalait avec une impétuosité si aveugle, qu'au détour d'une haie il tomba presque dans les bras du facteur rural, qui faisait sa tournée. Le facteur rural s'excusa poliment d'avoir été presque renversé par M. Colin-Tampon, et M. Colin-Tampon, rassuré à l'idée qu'il y avait un facteur rural entre l'ours et lui, modéra son allure.
XIV
M. Colin-tampon eut un remords d'honnête homme. Au lieu de laisser le facteur rural courir au danger, peut-être à la mort, il aurait dû l'avertir!
Poussé par les reproches de sa conscience, il revint sur ses pas jusqu'au tournant du chemin. Là, abrité derrière une clôture en planches, il promena ses regards sur toute l'étendue de la plaine.
Le facteur rural avait disparu dans un chemin creux qui l'éloignait de l'ours. La conscience de M. Colin-Tampon cessa de lui faire des reproches, et M. Colin-Tampon poussa un soupir de soulagement. D'autre part, le grand drôle et son ours avaient fait la paix, et s'en allaient tranquillement, l'un suivant l'autre, par une avenue qui les éloignait tous les deux de M. Colin-Tampon et d'Azor. M. Colin-Tampon poussa un second soupir de soulagement, plus profond que le premier.
«Azor, mon camarade, dit-il, nous pouvons nous vanter de l'avoir échappé belle!»
Azor eut l'effronterie de se précipiter en aboyant, dans la direction par où l'ours opérait sa retraite.
«Pas de fanfaronnades! lui dit son maître, nous savons ce que nous savons; soyons modestes.»
Ayant alors débouché sa bouteille clissée, il la porta à ses lèvres et lui donna une longue, longue accolade.
De blême qu'il avait été jusque-là, il redevint frais, rose et souriant.