... Qu’elle a d’esprit dans le regard et dans le sourire avec ses petits yeux perçants et malins, avec sa petite mine en avant, elle vous a un air si futé qu’on se sent égayé rien qu’à la voir.
Sa bienvenue au jour, lui rit dans tous les yeux.
Et il répète encore:
Je serai bien surpris si elle ne fait pas son chemin.
Voilà Réjane hors de l’école. Sa vraie carrière va commencer.
Où ira-t-elle?
Avant la fin du Conservatoire, M. Duquesnel, alors directeur de l’Odéon, lui avait proposé d’y aller jouer la Jeunesse de Louis XIV, et le regretté M. Carvalho lui ouvrait le Vaudeville. Mais elle refusa, désireuse de finir ses études régulières. Le Gymnase la guettait également. Elle se décida pour le Vaudeville et signa, avec les nouveaux directeurs, un engagement conditionnel. Si l’Odéon, comme c’était son droit, ne la réclamait pas, elle débuterait au boulevard. A l’Odéon, on lui offrait 150 francs par mois, au Vaudeville c’était 4.000 francs par an et les costumes. Elle souhaitait donc ardemment que l’Odéon l’oubliât. Il paraissait l’oublier, en effet. L’ouverture d’octobre arriva. Sa situation n’était toujours pas réglée. Elle alla au Ministère des Beaux-Arts. Elle retrouva là le secrétaire du Ministre, qui l’avait vivement complimentée lors du concours. Elle lui exposa son cas et ses angoisses, et obtint une lettre du Ministre qui la dégageait de l’Odéon. Il ne restait d’ailleurs plus que deux jours de délai pour qu’elle fût légalement libérée. Mais, prévenu sans doute, M. Duquesnel, avant l’expiration de ce délai, envoya à Réjane un bulletin de répétition pour la Jeunesse de Louis XIV. La débutante, qui aimait déjà les choses bien faites, se rendit à l’Odéon et fut reçue par le directeur qui lui dit:
«Eh bien! nous répétons demain à une heure.
—Il n’y a qu’un obstacle à cela, répondit Réjane, c’est que j’ai demain à la même heure, une répétition au Vaudeville...» Ce n’était pas vrai, mais, nous venons de le dire, elle aimait les choses bien faites... Explication. M. Duquesnel avait entre les mains une lettre du directeur des Beaux-Arts, l’autorisant à réclamer le second prix pour l’Odéon. «C’est que j’ai aussi une lettre qui me dégage, objecta-t-elle tranquillement; elle n’est pas du directeur des Beaux-Arts, c’est vrai, mais elle est du Ministre... Voyez plutôt...» Et elle sortit sa lettre, qu’elle lui montra de loin, sans lui permettre de la toucher...
Ce fut toute une affaire. M. Duquesnel se plaignit, et on lui accorda des compensations pour le dédommager.