«De sorte que, dit Réjane lorsqu’elle raconte cette anecdote, si l’Odéon aujourd’hui a des fauteuils en velours, c’est à moi qu’il le doit!»
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Ici se place un chapitre charmant de la jeunesse de Réjane: ce sont ses rapports avec son grand professeur Regnier. Elle a conservé soigneusement les lettres qu’il lui a écrites, et nous avons pu retrouver, grâce à l’obligeance de Mme Alexandre Dumas, quelques-unes des lettres de Réjane. On verra, d’un côté, quelle confiance, quelle naïveté et quelle reconnaissance; de l’autre, quelle sagesse, quelle intelligence, quelle bonté, quelle noblesse d’âme.
L’anniversaire de Regnier tombait le 1er avril. Tous les ans, sans jamais l’oublier, Réjane écrivait le 31 mars à son professeur, et lui envoyait son petit souvenir. Regnier répondait:
1er avril 1875.
Est-ce que tu dois me faire des cadeaux, mon enfant! En ai-je besoin pour être assuré de ton affection? Suis donc mieux mes conseils, chère fillette, garde ton argent, et ne songe à me donner jamais que ton amitié. C’est le seul présent que je veuille de toi et le seul aussi, je t’en préviens, que j’accepterai à l’avenir.
Tu désires pouvoir encore fêter longtemps l’anniversaire de ma naissance, je le désire aussi pour toi, tu n’aurais jamais de meilleur ami, de meilleur conseiller, et personne, sauf ta mère, qui s’intéresse davantage à ton bonheur.
Je te remercie néanmoins, et t’embrasse de tout mon cœur.
Ton vieux ami,
Regnier.
Réjane était allée en voyage, l’été. A son retour, elle écrivait: