Lundi, 23 août 1875.
Mon bon Maître,
Je suis de retour de la mer depuis quelques jours, j’espère avoir retrouvé à Scheveningen la santé qui depuis quelques mois semblait me faire défaut. J’ai suivi vos conseils et suis allée visiter La Haye, Rotterdam, Amsterdam, et enfin Anvers; que de chefs-d’œuvre, et comme j’aurais été heureuse de vous voir à ce moment-là, pour vous communiquer mes impressions; jamais je n’oublierai tout ce que j’ai vu, et il me tarde d’être près de vous pour causer de toutes ces merveilles.
M. Coquelin est venu nous lire Madame Lili avec sa verve et son esprit habituels; mais je suis bien embarrassée sans vous, mon bon Maître, et pourtant je vous sais si fatigué que je n’ose pas vous demander de me sacrifier quelques heures d’un repos dont vous avez tant besoin.
Nous répétons tous les jours environ de une heure à trois heures; si vous avez un instant, je compte sur votre bonté habituelle pour ne pas oublier votre bien dévouée et bien reconnaissante élève.
Merci à l’avance et pardon, mon bon Maître, pour tout mon bavardage.
Gabrielle Réjane.
Regnier lui répondait le lendemain:
24 août 1875.
Je suis heureux, ma bien chère petite, des bonnes nouvelles que tu me donnes de ta santé. Soigne-la bien, combats ta nature anémique par un exercice quotidien et sans fatigue, par de la viande rôtie un peu saignante et par un peu de bon vin.