Ton voyage t’a donc plu?—J’étais sûr de tes impressions; recherches-en toujours de pareilles, ton esprit, tes idées, ton goût, ton talent s’en trouveront bien. Fréquente nos musées, émoustille ton cerveau, lis beaucoup, écris même; c’est le régime intellectuel que je te conseille et qui sera aussi profitable à ton âme que l’autre peut être à ta gentille argile.

Pourquoi n’a-t-on pu retarder la mise à l’étude de ta pièce nouvelle? A partir du 15 du mois prochain, je me serai ressaisi, je serai libre, et j’aurais eu plaisir à te faire étudier ton rôle. En ce moment on m’accable de travail en raison de mon prochain départ, et j’ai peu de moments à moi. N’importe, j’en trouverai pour toi, mais il faut que tu m’aides un peu.

Veux-tu samedi, à 10 h. 1/2, venir au Théâtre-Français?—Est-ce une heure possible pour toi?

Réponds-moi. En tout cas, je te consacrerai ma matinée de dimanche prochain. Tu viendras à Saint-Cloud; vous y déjeunerez si ta mère le veut, et nous travaillerons à fond.

Adieu, ma chère enfant, je t’embrasse et t’aime bien.

Ton ami,
Regnier.

Dans un post-scriptum, il ajoutait:

Retiens qu’il n’y a jamais eu d’accent sur mon nom.

Engagée pour deux années au théâtre du Vaudeville, elle y débute, le 25 mars 1875 (si on peut appeler cela un début), dans la Revue des Deux-Mondes, où elle jouait le rôle du Prologue, et où elle passa naturellement inaperçue.

Son nom se trouve ensuite dans la distribution de la reprise de Fanny Lear (24 avril 1875), de Meilhac et Halévy, et dans Vaudeville’s Hotel, pochade-revue en un acte, du 5 juin 1875; les journaux se taisent encore.