Deux de ces femmes, assises sur un banc, parlaient. J’entendis l’une dire d’une voix résignée: «Le peu qu’il gagne, il me l’apporte». Sur le seuil d’une épicerie, une femme criait à un enfant qui tenait un cornet à la main: «Donne ton sou!» Et Suzanne Desprès, dont l’enfance ne fut pas gâtée, nous raconte que sa mère, chaque dimanche, lui donnait aussi un sou pour son prêt; mais elle disait à la petite fille: «Rapporte-moi quelque chose!»
«Heureusement, ajouta-t-elle, que mon père m’en donnait d’autres, en cachette!»
Le temps est gris, sans soleil, mais pas trop froid. Les arbres dénudés s’estompent d’un fin voile de brume. Dans les lointains, les maisons, les cheminées, paraissent enveloppées d’une fumée légère. Nous admirons la finesse de cette atmosphère de Paris, ni crue, comme dans le Midi, ni embrouillardée, comme un peu plus haut, dans les pays du Nord, et qui met un mystère délicat autour des plus banales architectures.
Rue de Belleville, au no 279, accroché à une grille qui sert d’entrée, un écriteau porte: Logement à louer.
«Voyons si cela peut faire notre affaire,» dit Guitry pour plaisanter.
Il entre pourtant dans la maison. Nous le suivons. Il demande à la concierge:
«Vous avez un logement à louer?
—Oui. Au premier, sur la cour.
—Combien?
—Deux cent quarante francs, et vingt francs de plus avec jardin. Deux pièces.