—Tu ne m'écoutes plus, je t'ennuie, me dit ce pauvre B..., avec un ton de triste reproche; je le comprends, la société d'un homme chagrin et morose comme moi n'est pas bien agréable.
—Mon cher ami, tu te trompes parfaitement, malgré ta perspicacité habituelle; je suis loin de m'ennuyer près de toi. Mais pardonne-moi un moment de distraction, je lisais de si jolis vers à l'endroit où j'ai ouvert ce livre, que j'ai voulu achever la pièce. Maintenant, si tu veux causons.
Et je fermais le livre, tout en me rappelant bien la page où j'avais lu.
Les gens qui souffrent, soit moralement, soit physiquement, sont naturellement curieux; aussi mon cher B..., ne me tint pas quitte ainsi.
—Quels étaient ces vers? me demanda-t-il. Crois-tu qu'ils m'intéresseraient?
—Oh oui! j'en suis sûr.
—Veux-tu me les montrer? Je ne lis plus depuis que j'ai tant de chagrin. D'ailleurs je n'ai plus de goût pour rien, même pour la lecture.
Je saisis promptement l'occasion, comme on le pense bien, et voici les vers que je lus à mon pauvre malade:
Quand on est petit, on lit pour apprendre;
Pour se souvenir on lit, étant vieux;