La science bibliographique est entrée de nos jours dans des détails si précis, qu'on publie non seulement des traités spéciaux à chaque écrivain, mais encore des monographies relatives aux différentes éditions d'un seul ouvrage.
C'est ainsi que M. Henry Harrisse, l'auteur d'un grand et excellent traité intitulé Bibliotheca Americana, nous a donné la Bibliographie de Manon Lescaut, étude dont la seconde édition a paru avec des modifications et des augmentations, en 1877. Je vous recommande ce livre, si vous avez le désir d'acheter un jour ou l'autre une édition originale, ou rare, ou remarquable, de l'immortel roman de l'abbé Prévost.
Un petit livre moderne, tout spirituel et gracieux, a eu l'honneur d'être ainsi monographié. Ce sont les Contes Rémois, de M. de Chevigné. Une Bibliographie des Contes Rémois, a paru en 1880, rédigée avec soin par le Dr Bougard.
Pour moi, j'avoue que je préfère de beaucoup à tous ces manuels pleins de recherches si minutieuses, presque byzantines, un volume que j'ai lu avec un charme infini, et dans lequel j'ai trouvé, en dehors d'un style de maître, des aperçus délicieux et des réflexions remplies de bon sens, sur les livres et sur les bibliophiles. Je vous cite le titre de cet ouvrage en dernier lieu, vous recommandant tout particulièrement de l'acquérir. Il est intitulé: le Livre et la petite bibliothèque d'amateur, par M. Gustave Mouravit.
Vous trouverez dans une superbe publication périodique, le Livre, publié par M. Quantin, sous la direction de M. Octave Uzanne, de très intéressants documents sur tout ce qui se rapporte au monde littéraire, aux livres et aux bibliophiles. L'art de former une bibliothèque, par Jules Richard, petit volume paru chez Rouveyre et Blond, est d'une lecture attrayante.
Plusieurs ouvrages plus ou moins spéciaux seraient aussi utiles à consulter de temps à autre, pour quiconque tiendrait à ne pas se tromper,—ou à se tromper le moins possible. Par exemple, des traités sur diverses collections typographiques comme celles des Alde, des Estienne, des Elzevier. Je vous parlerai de tout cela en temps opportun. Et puis franchement, mon ami, il ne faut pas sacrifier trop de temps à étudier tous les ouvrages de bibliographie. Vous finiriez par devenir trop expert en l'art de connaître les livres, et telle est bizarre notre nature, qu'il y a beaucoup à parier qu'alors vous commenceriez à les moins aimer. Tant il est vrai que nous éprouvons toujours un certain charme à cheminer à travers l'inconnu, et qu'il se mêle souvent une certaine satisfaction à l'ennui d'être trompé ou de se tromper soi-même.