Parmi les livres de Jules Sandeau, Mademoiselle de la Seiglière, 1848, 2 volumes in-8º; Sacs et Parchemins, 1851, 2 volumes in-8º; la Chasse au roman, 1849, 2 volumes in-8º; le Docteur Herbeau, 1841, 2 volumes in-8º, sont des volumes intéressants à acquérir, surtout si l'on choisit des exemplaires sur papier vélin fort, dont il n'a été tiré qu'un petit nombre.

Les 3 volumes de poésies de Sainte-Beuve, Vie, pensées et poésies de Joseph Delorme, 1829, in-16, les Consolations, 1830, in-16, et les Pensées d'août, 1837, in-12, méritent une place sur vos rayons. Je ne dis rien de Volupté, 1834, 2 volumes in-8º, sorte de roman philosophico-mystique dans lequel on trouve de belles pages, mais dont l'ensemble manque d'intérêt. Vous devez avoir les ouvrages de critique du célèbre écrivain, aussi je ne vous en parle pas.

On paye déjà cher les premiers livres d'Alexandre Dumas fils, surtout les Péchés de Jeunesse, seul recueil de poésies qu'il ait publié, paru en 1847, in-8º, et la Dame aux Camélias, son meilleur roman, 1848, 2 volumes in-8º. Le premier n'eut aucun succès; dans une lettre de l'auteur, que je possède, il avoue qu'il se vendit au plus 14 exemplaires. Je ne sais si l'édition fut tirée à petit nombre, ou si elle passa plus tard en grande partie chez les marchands de tabac; dans tous les cas, on la rencontre rarement.

Plusieurs volumes d'écrivains tout à fait modernes, romans, poésies ou pièces de théâtre, ont déjà acquis une certaine valeur. De ce nombre sont le Roman d'un jeune homme pauvre, d'Octave Feuillet; les Scènes de la bohème, 1851, de Henri Murger, dont le titre fut de suite modifié et quelques chapitres furent changés dans les éditions suivantes; les Fleurs du mal, de Charles Baudelaire, édition de Poulet-Malassis, 1858, qui contient plusieurs pièces retranchées par ordre dans les éditions suivantes; il existe de rares exemplaires tirés sur papier de Hollande; Madame Bovary, le célèbre roman naturaliste de Gustave Flaubert, qui, malgré son mérite incontestable, n'eut guère d'autre succès, à son apparition, que la curiosité soulevée par le procès auquel il donna lieu. Ce livre, dont la première édition est de 1857, chez Michel Lévy, en 2 volumes in-12, à 1 franc, est maintenant fort recherché, et l'édition originale se paie 50 à 60 francs. Quelques exemplaires, beaucoup plus chers encore, sont imprimés sur papier vélin fort, en un volume, avec un seul titre.

On commence à rechercher plusieurs ouvrages de contemporains, comme les Odes funambulesques, de Théodore de Banville, 1857, édition de Poulet-Malassis, très jolie; les Vignes folles, d'Albert Glatigny, beau volume in-8º, paru en 1860; quelques livres d'Alphonse Daudet, surtout Fromont jeune et Risler aîné, 1874, in-12, et le Petit Chose, 1868, in-12. On estime, sans les payer encore très cher, quelques ouvrages de Champfleury, Charles Monselet, Alfred Delvau (ceux de ce dernier se vendent surtout pour les jolies eaux-fortes qui y sont jointes), et des volumes presque tout récents, comme ceux de Ludovic Halévy, qui font prime dès le jour de leur publication. Deux ou trois romans d'Émile Zola ont déjà acquis aussi une plus-value. Tous ces livres peuvent ne pas être considérés, quant à présent, comme des objets d'amateur; mais comme ils ne coûtent pas cher, recueillez ceux qui vous plairont, et toujours en premières éditions; plus tard, lorsque vous les verrez cotés à des prix beaucoup plus élevés, vous serez content de les posséder.

D'ailleurs ce sont là en général des ouvrages bien écrits, intéressants; et quand même ils cesseraient d'obtenir les faveurs des bibliophiles, ils n'en mériteraient pas moins d'être conservés par vous, qui avez le bon esprit de faire passer le mérite littéraire d'un livre avant tout autre.

Ne faites pas comme un bibliomane de ma connaissance, qui ne voulait jamais acheter que les livres «en hausse» (c'était son expression). Il était toujours pris d'un désir effréné de posséder les volumes qui, dédaignés hier, étaient maintenant en vogue. De sorte que ses acquisitions étaient généralement faites aux prix les plus élevés. Et comme les volumes ainsi achetés lui déplaisaient aussitôt que les amateurs ses confrères venaient à les délaisser pour de nouveaux favoris, il se débarrassait invariablement des avant-derniers élus, et cela naturellement à des conditions de prix très onéreuses.

Non seulement il ne faisait pas ce que les spéculateurs appellent si élégamment «de bonnes affaires», mais encore il m'a avoué n'avoir jamais eu une vraie satisfaction. Oh! mon ami, méditez cela!

En résumé, si vous rencontrez les ouvrages que je vous ai signalés, achetez-les à des prix raisonnables: mais, de grâce, ne suivez aucunement la mode et n'attendez pas qu'elle vous ait désigné des volumes pour les acquérir, car vous les payerez, dans ce cas, toujours plus qu'ils ne valent.