IX
ES observations seraient incomplètes si je ne vous signalais pas les ouvrages illustrés de gravures, parus depuis 1835 environ jusqu'à présent, qui font maintenant les délices de beaucoup d'amateurs nouveaux. J'avoue que moi-même je ne déteste pas ces livres, dont les illustrations sont pourtant inférieures à celles des ouvrages du XVIIIe siècle, mais dont le texte est en général plus intéressant que celui des susdits ouvrages. Toutefois, je me déclare très difficile; je ne voudrais faire entrer dans ma bibliothèque que les meilleurs.
L'un des premiers et aussi l'un des plus beaux, Paul et Virginie, édition de Curmer, 1838, grand in-8º, est maintenant fort recherché, et c'est justice; il est orné d'un grand nombre de jolies vignettes sur bois dans le texte et hors texte, et de quelques gravures sur acier. Les Contes de Perrault, du même éditeur, superbe édition, entièrement gravée, publiée en 1843, grand in-8º, se vendent plus cher encore et sont d'une grande rareté. Des exemplaires brochés se sont vendus jusqu'à 500 francs.
Un grand volume qu'on recherche beaucoup aujourd'hui, après l'avoir dédaigné, c'est le Journal de l'expédition des Portes de fer, ouvrage rédigé par Charles Nodier, pour le duc d'Orléans et sur les notes de ce prince, avec d'intéressantes vignettes d'après Raffet; ce volume très grand in-8º, paru en 1844, vaut aujourd'hui de 400 à 500 francs. S'il vous arrivait, par un grand hasard, de rencontrer un exemplaire imprimé entièrement sur papier de Chine, oh! vous pourriez le couvrir d'or! On n'en connaît jusqu'ici que trois ou quatre, entre autres celui d'un de nos plus sympathiques amis des livres, M. Ferdinand Gauthier. Celui-là doit être, d'ailleurs, l'exemplaire du duc d'Orléans, car au milieu des plats de la reliure de Simier, relieur du roi, sont gravées les initiales F. F. O. (Ferdinand-François d'Orléans), surmontées d'une couronne fermée. Un autre, broché, a été découvert dernièrement par M. Jules Brivois, l'auteur de la Bibliographie des ouvrages illustrés du XIXe siècle, un chercheur intelligent et infatigable, qui méritait vraiment de le posséder après l'avoir si bien décrit!
Viennent ensuite les Chants et chansons populaires de la France, beau recueil publié par H. Delloye, en 1843, formant 3 volumes très grand in-8º. Le texte des chansons est gravé au milieu d'encadrements formés de nombreux dessins représentant les différentes scènes; en regard est la musique, aussi gravée, et l'histoire de chaque chanson est imprimée sur un feuillet à part. Si vous trouvez ce bel ouvrage broché, avec ses couvertures imprimées en or et en couleurs, sur lesquelles on voit de fort jolies vignettes, vous ne risquez rien de le payer 500 à 600 francs; assurez-vous toutefois que l'exemplaire soit entièrement de premier tirage, et pour cela voyez si au bas de la musique de chaque chanson se trouve la mention: Imprimerie de Félix Locquin, etc.; tout autre nom d'imprimeur indique une réimpression.
Notre-Dame de Paris, par Victor Hugo, édition de 1844, illustrée de nombreuses figures sur bois et sur acier, grand-in-8º, est encore un beau livre qu'il ne faut pas manquer d'avoir; on le cote aussi très cher, lorsque l'exemplaire est de premier tirage et broché, avec la couverture imprimée.