La nouvelle génération d'amateurs qui s'est formée depuis dix ou quinze ans, a décidé que la plupart des livres du XVIIIe siècle méritaient d'être recherchés, pour la grâce et le charme de leurs illustrations. On ne peut pas empêcher la mode de régner en maîtresse là comme ailleurs, et d'imposer sa loi aussi bien en ce qui est du domaine de la curiosité qu'en ce qui regarde la toilette, le goût, les idées, même la morale. On ne peut pas l'arrêter, cette déesse capricieuse, dans sa course à travers les siècles, qu'elle parcourt comme un papillon impatient passe à travers l'espace azuré, en laissant autour de lui la légère fraîcheur de ses ailes agitées et un scintillant reflet de ses riches couleurs. Et la légèreté, la grâce de ce papillon nous séduit, nous charme tous, qui que nous soyons, de même que quel que soit notre caractère, sérieux ou triste, gai ou morose, nous arrivons tous à sacrifier un jour ou l'autre à cette divinité entraînante et fantasque.
La mode donc, ayant de nos jours mis en lumière les ouvrages illustrés du XVIIIe siècle, on s'est empressé de fabriquer, trop à la hâte peut-être pour qu'ils soient parfaits, des ouvrages spéciaux pour décrire ces sortes de livres. Je vous recommanderai d'avoir le Guide de l'amateur de livres à figures du XVIIIe siècle, par Henry Cohen, dont une quatrième édition a paru l'année dernière. Il ne faudra pas toutefois vous figurer que cet ouvrage soit sans défaut et qu'il faille s'y fier aveuglément. Non, il faut même le consulter avec une certaine réserve, car on y trouve d'assez nombreuses inexactitudes, qui, je l'espère, seront un jour corrigées, et surtout des omissions. Mais il n'en est pas moins très utile et donne d'excellents renseignements sur un grand nombre de livres à figures.
Il ne faut pas manquer de vous munir aussi des Supercheries littéraires dévoilées, de Quérard, et du Dictionnaire des anonymes et pseudonymes, de Barbier, ces deux ouvrages indiscrets, qui vous feront connaître, à votre grande joie, des noms véritables d'écrivains que ces pauvres diables avaient pris tant de peine à cacher. Une nouvelle édition vient d'être publiée depuis quelques années, par MM. Gustave Brunet et Pierre Jannet pour le premier de ces ouvrages, et par MM. Olivier Barbier, René et Paul Billard, pour le second. C'est celle-là que je vous recommande comme très soignée et beaucoup plus complète que toutes les autres.
A côté de ces trois grands ouvrages, qui résument à peu près tout l'historique des livres depuis le commencement de l'imprimerie, surtout si l'on y ajoute des ouvrages de bibliographie moderne comme la Bibliographie romantique de Ch. Asselineau, il est utile d'avoir le recueil intéressant de Otto Lorenz, Catalogue général de la Librairie française, dont plusieurs volumes ont déjà paru, depuis 1867 à nos jours. Vous y trouverez décrits brièvement ou cités, par ordre alphabétique d'auteurs, tous les livres parus depuis 1840 environ. Je vous engagerai à acheter encore un modeste volume de renseignements pratiques, que l'on appelle Connaissances nécessaires à un bibliophile. Cet ouvrage qui a pour auteur et pour éditeur Édouard Rouveyre, est rempli de détails sur tout ce qui a rapport aux livres, leur fabrication, leur format, leur impression, leur papier, leur reliure, etc., et vous y trouverez d'excellents conseils sur tout ce qui vous intéresse aujourd'hui que vous voilà décidément bibliophile. Ce petit manuel pratique en est, à l'heure qu'il est, à sa troisième édition, qui n'a pas suivi de loin la première, malgré les corrections et augmentations que l'auteur a dû y faire.
Je pourrais vous citer aussi comme bons à acquérir différents autres ouvrages de bibliographie spéciale ou particulière, dont j'aurai prochainement l'occasion de dire quelques mots. Aujourd'hui je me tiens dans les généralités. Et quand je vous aurai parlé du Repertorium bibliographicum, de Hain, dans lequel sont décrits de nombreux volumes des premiers temps de l'imprimerie, des incunables enfin, ouvrage dont je vous conseillerais l'achat, si vous aviez le désir de réunir un certain nombre de ces raretés typographiques, je terminerai ma lettre en vous souhaitant beaucoup de chance dans vos recherches, un peu moins de fol enthousiasme pour ce qui est bouquin, et un peu plus de goût et de méthode dans vos acquisitions.