—Et, qu'a décidé Votre Excellence ?
—Une enquête sérieuse : rédigez-moi, vous aussi, votre déposition, elle sera jointe au dossier.
—Puis-je visiter les hôpitaux ?
—Comment donc ! je vous y ferai accompagner.
L'approche du choléra a surexcité les esprits. La grande émeute d'Astrakhan, où des médecins ont été assassinés par la populace, que le gouverneur n'a pas su tenir en respect, a été d'un funeste exemple. Les ferments de révolte ont remonté la Volga en même temps que les germes de mort. Un peuple ignorant accuse les médecins de propager le fléau, et veut exiger que les morts soient, selon la coutume russe, transportés à visage découvert. A Nijni-Novgorod, parmi cette population flottante de 300 000 étrangers[12] accourus pour la Foire, le péril était grand. L'attitude énergique du gouverneur a tout sauvé. Dans la ville et dans la province, on distribue et on affiche de petits bulletins blancs qui contiennent la proclamation que voici :
[12] Le 28 août, la ville, dont la population, en temps ordinaire, est de 60 000 âmes, contenait 380 000 personnes.
«S'il arrive—Dieu nous en garde !—que quelqu'un, exploitant la bêtise et la crédulité des ignorants, réussisse à troubler la tranquillité publique, je rétablirai l'ordre avec les forces militaires dont je dispose. Quant aux fauteurs des troubles et aux meneurs, je les pendrai immédiatement sur place ; en outre, tous ceux qui auront pris part aux désordres, recevront, aux yeux de tous, un châtiment exemplaire.
«Ceux qui me connaissent savent que je tiendrai parole.
Signé : «Le gouverneur,
«Gal N. M. Baranof.»