—Je ne savais pas...

Vone otsouda ! (Fiche-moi le camp !)

—Et toi ?

C'est une femme juive, proprement mise ; elle vient demander un sursis pour son fils qui est expulsé d'Odessa en vertu de la nouvelle loi[23]. Elle est digne dans sa douleur suppliante. Le général fronce le sourcil.

[23] La scène se passait en 1893.

—J'en ai assez de tous ces chiens de Juifs... Non ! vous dis-je !

—Excellence, c'est que...

—Taisez-vous !... qu'est-ce que cela signifie ? allons, fichez-moi le camp !

C'est le tour de mes voisins : une mère et son fils, encore des Juifs. En s'approchant, le général remarque que le jeune homme a un regard étrange, et baisse la tête d'une façon singulière ; il fait brusquement un pas en arrière, et, d'une voix tonnante : «Et toi ! qu'est-ce que tu regardes ? je veux qu'on me regarde en face, quand je parle !»