Mais vous vous rappelez peut-être cette tribu de l'Aigle qui est partie contre les Illinois. Elle rentre dans ses huttes, laissant René aux mains de l'ennemi. René va subir les plus affreux supplices, lorsqu'il est sauvé par Outougamiz qui survient mystérieusement et qui ramène René, blessé et malade, à travers des périls extraordinaires (et cela forme, je pense, une des parties les moins ennuyeuses du roman).
Ici finit le douzième livre de l'épopée. Le reste n'est point divisé en «livres» et (c'est l'auteur qui nous en prévient) est écrit «sur le ton de la simple narration». Pas tant que cela: mais enfin le style de cette seconde partie des Natchez est un peu moins tendu. Pourquoi cette différence? Chateaubriand ne nous le dit pas. Je crois que, tout simplement, travaillant sur l'énorme manuscrit primitif des Natchez, il n'a eu le temps et le courage d'élever au ton de l'épopée que la première moitié de son roman peau-rouge.
Je reprends mon exposé. Par reconnaissance pour Outougamiz, René épouse Céluta, qu'il n'aime point. Elle lui donne une fille, qu'il nomme Amélie (retenez ce point). Or, un jour, des soldats viennent pour arrêter le sachem Adario et René, dénoncés aux Français par le traître Ondouré. René est absent; mais Adario est emmené au Fort Rosalie et condamné à être vendu comme esclave avec sa femme et ses enfants.
On ne sait pas où est René. Outougamiz et Mila se mettent à sa recherche, et le trouvent méditant, au bord d'un fleuve, dans une caverne où sont des tombeaux. René leur tient des propos assez pareils à ceux d'Hamlet. Quand il apprend ce qui s'est passé, il s'en va, sur sa pirogue, à la Nouvelle-Orléans, proposer sa tête en échange de celle d'Adario.
Là, tout le monde se retrouve: Chactas, Céluta, Mila, Outougamiz, qui n'ont pas voulu abandonner René. René est en prison; on lui fait son procès, on le condamne à être transporté en Europe. Puis, on lui fait grâce: il faut dire qu'Adélaïde, la fille du gouverneur, s'intéresse à lui. Mais, dénoncé de nouveau, il s'enfuit de la Nouvelle-Orléans en y laissant Céluta malade.
Rentré chez les Natchez, René apprend par un missionnaire, le père Souël, la mort de la sœur Amélie de la Miséricorde. Il «éprouve d'abord un véritable délire»; puis, s'étant calmé, le frère d'Amélie, «sous un sassafras, au bord du Meschacebé», assis entre Chactas et le Père Souël, «leur révèle la mystérieuse douleur qui empoisonna son existence».
(Et ici, paraît-il, se plaçait, dans le premier manuscrit des Natchez, le récit qui fut publié plus tard sous le titre de René.)
À ce moment, le traître Ondouré envoie René traiter avec les Illinois. Puis, dans le conseil, il accuse René de toutes les trahisons, propose de le tuer à son retour avec les autres blancs établis sur les terres des Natchez, et fait adopter son opinion par le conseil.
Cependant Céluta, que nous avons laissée à la Nouvelle-Orléans avec son enfant, rentre à son tour chez les Natchez à travers mille effroyables dangers dont elle est sauvée par une bonne négresse. Elle retrouve Mila et Outougamiz mariés, et pleins d'angoisse. L'intérêt tragique des deux cents dernières pages consiste en ceci: René, qui est toujours chez les Illinois, reviendra-t-il avant le jour marqué pour le massacre des blancs? Dans ce cas, il est perdu. Mais comment l'avertir de ne pas rentrer? Outougamiz est d'ailleurs lié par le secret qu'Ondouré a fait jurer à tous les guerriers avant de leur faire connaître la décision du conseil.