...De quoi s'agit-il au fond de cette affaire? Du sincère désir de croire, d'une soumission du cœur plus que de la raison; car enfin la raison ne dépend pas de nous, mais la volonté en dépend, et c'est par la seule volonté qu'on peut être soumis ou rebelle à l'Église... Je commencerais donc par choisir pour confesseur un bon prêtre, un homme sage et sensé, tel qu'on en trouve partout quand on les cherche... Je lui dirais: Je sens que la docilité qu'exige l'Église est un état désirable pour être en paix avec soi; j'aime cet état, j'y veux vivre... Je ne crois pas, mais je veux croire, et je le veux de tout mon cœur. Soumis à la foi malgré mes lumières, quel argument puis-je avoir à craindre? Je suis plus fidèle que si j'étais convaincu.
Je ne sais pas bien, n'étant pas théologien, si tout cela est d'une orthodoxie irréprochable; je ne vous dis pas non plus que les prêtres troublés qui consultaient Rousseau fussent encore de très bons prêtres... Mais toujours il leur conseille l'effort pour croire et la soumission: voilà le fait. A tout mettre au pis, le catholicisme des dernières années de Rousseau vaut bien celui de Lamartine, par exemple.
—Au chevalier d'Éon (Wootton, 31 mars 1766):
...Si mon principe (le libre examen) me paraît le plus vrai, le vôtre (l'autorité) me paraît le plus commode; et un grand avantage que vous avez est que votre clergé s'y tient bien, au lieu que le nôtre (le clergé protestant), composé de petits barbouillons à qui l'arrogance a tourné la tête, ne sait ni ce qu'il veut ni ce qu'il dit, et n'ôte l'infaillibilité à l'Église qu'afin de l'usurper chacun pour soi.
—A M. Roustan (Wootton, 7 sept. 1766):
...Le clergé catholique, qui seul avait à se plaindre de moi, ne m'a jamais fait ni voulu aucun mal; et le clergé protestant, qui n'avait qu'à s'en louer, ne m'en a fait et voulu que parce qu'il est aussi stupide que courtisan.
—A Moultou, troublé lui aussi, quoique pasteur, une très belle lettre de réconfort et d'exhortation à croire du moins à Dieu (Monquin, 14 fév. 1769).—Et je vous signale surtout la lettre à M. de M..., autre esprit inquiet et travaillé de doutes, qui est un émouvant commentaire de la Profession de foi du Vicaire Savoyard. (Bourgoin, 15 janvier 1769.) J'y relève ces mots:
...J'ai cru dans mon enfance par autorité, dans ma jeunesse par sentiment; maintenant je crois parce que j'ai toujours cru. Tandis que ma mémoire éteinte ne me remet plus sur la trace de mes raisonnements, tandis que ma judiciaire affaiblie ne me permet plus de les recommencer, les opinions qui en ont résulté me restent dans toute leur force... et je m'y tiens en confiance et en conscience.
Et plus loin, sur ce qu'il y a un point, dans la recherche, où la raison doit sentir ses limites:
Alors, saisi de respect, l'homme s'arrête, et ne touche point au voile, content de savoir que l'Être immense est dessous.