Il raconte cependant à l'abbé qu'il avait remarqué une demoiselle fort bien faite, «la gorge et le reste de ce qui se découvre en ce pays, fort blanc». Mais il ne la voyait qu'à l'église. Un jour pourtant il saisit une occasion de lui parler. Mais il trouve sur son visage «de certaines bigarrures, comme si elle eût relevé de maladie».

Il faut, dit-il, que je l'aie prise en quelqu'un de ces jours fâcheux et incommodes où le sexe est sujet, car elle passe pour belle dans la ville.

(Racine voit et dit les choses comme elles sont: c'est un bon réaliste.)
Et il s'en tient là.

Je fus, ajoute-t-il, bien aise de cette rencontre, qui me servit du moins à me délivrer de quelque commencement d'inquiétude, car je m'étudie maintenant à vivre un peu plus raisonnablement.

Soyez tranquilles, il n'a pas attendu cette rencontre pour vivre ainsi. Il ne sort presque pas. Il lit et travaille jour et nuit. Il continue l'immense travail de lectures, de résumés et d'annotations commencé à Port-Royal. Il se prépare ardemment, sérieusement, patiemment à la gloire.

On trouve à la Bibliothèque nationale des cahiers qui renferment ses remarques sur les Olympiques de Pindare et sur l'Odyssée. En outre, on a conservé à la Bibliothèque de Toulouse un assez grand nombre de livres annotés par lui dans les marges. Nous voyons qu'il a lu à fond, la plume à la main (et il lui est arrivé d'annoter plusieurs fois le même ouvrage sur des exemplaires différents) la Bible, le Livre de Job en particulier, saint Basile, Pindare, Eschyle, Sophocle, Euripide, Platon, Aristote, Plutarque, Lucien, Virgile, Horace, Cicéron, Tite-Live, les deux Pline, Quinte-Curce,—les uns tout entiers, les autres en grande partie. Je ne parle pas de ses traductions, complètes ou fragmentaires, du Banquet de Platon, de la Poétique d'Aristote, de Lucien, de Denys d'Halicarnasse, de la Vie de Diogène par Diogène Laërce, de l'historien Josèphe, de la lettre de l'église de Smyrne touchant le martyre de saint Polycarpe, d'Eusèbe, de saint Irénée, etc.. Car il mêlait constamment les deux antiquités, païenne et chrétienne.

Ses commentaires sur les quatorze Olympiques attestent une connaissance assez approfondie de la langue grecque. Mais c'est sur l'Odyssée que ses notes (écrites en 1662) sont le plus abondantes et significatives. Elles consistent en résumés du texte, citations, rapprochements et réflexions Elles sont pleines de simplicité, même de naïveté, et il les écrivait évidemment pour lui seul.

Ce qui éclate aux yeux, c'est que le futur auteur_ d'Esther_ et d'Athalie adore l'Odyssée; et que l'Odyssée l'amuse infiniment.

Voici quelques-unes de ces notes:

Les livres de l'Odyssée vont toujours de plus beau en plus beau, comme il est aisé de le reconnaître, parce que les premiers ne sont que pour disposer aux suivants: mais ils m'ont parti tous admirables et divertissants.