Retenons aujourd'hui ceci:—Dès seize ans, à Port-Royal-des-Champs, Racine, écrivant ses notes d'écolier, était déjà, à l'égard de l'hellénisme et du christianisme et quant à l'interprétation de la nature humaine, dans la disposition d'esprit qui lui permettra, vingt ans plus tard, d'écrire la merveille de Phèdre.

TROISIÈME CONFÉRENCE

SES AMIS.—«LA THÉBAÏDE»

Donc, Jean Racine, lassé d'attendre en vain le bénéfice que lui avait promis son bon oncle, rentre à Paris dans les derniers mois de 1662. Mais il n'avait pas perdu son temps à Uzès. Il avait fait, à tout hasard, de la théologie, lu beaucoup de grec, projeté une tragédie sur Théagène et Chariclée, commencé la Thébaïde et écrit quantité de vers galants et amoureux.

C'est très probablement à Uzès qu'il a écrit les stances à Parthénice. Parthénice était le nom poétique que le jeune abbé Le Vasseur donnait à mademoiselle Lucrèce. Ces vers sont dans le goût du temps; ils se ressouviennent de Corneille et de Tristan; mais, parmi leur artifice, ils ne sont pas sans tendresse ni sans grâce:

Parthénice, il n'est rien qui résiste à tes charmes.
Ton empire est égal à l'empire des dieux,
Et qui pourrait te voir sans te rendre les armes
Ou bien serait sans âme, ou bien serait sans yeux.

(Cela, c'est tout à fait du Corneille).

…………………..
La douceur de ta voix enchanta mes oreilles:
Les nœuds de tes cheveux devinrent mes liens.

…………………..
Je ne voyais en toi rien qui ne fût aimable,
Je ne sentais en moi rien qui ne fût amour.

Ainsi je fis d'aimer l'aimable apprentissage;
Je m'y suis plu depuis, j'en aime la douceur;
J'ai toujours dans l'esprit tes yeux et ton image;
J'ai toujours Parthénice au milieu de mon cœur.