jusqu'à ses divins adieux à sa servante grecque, après qu'elle a reçu de Mithridate le poison libérateur:
… Si tu m'aimais, Phédime, il me fallait pleurer
Quand d'un titre funeste on me vint honorer
Et lorsque, m'arrachant du doux sein de la Grèce,
Dans ce climat barbare on traîna ta maîtresse.
Retourne maintenant chez ces peuples heureux;
Et, si mon nom encor s'est conservé chez eux,
Dis-leur ce que tu vois, et de toute ma gloire,
Phédime, conte-leur la malheureuse histoire…
Adorable créature qui sait dire tant de choses par des mots si discrets:
À Xipharès:
Pour me faire, seigneur, consentir à vous voir,
Vous n'aurez, pas besoin d'un injuste pouvoir;
Et plus loin:
Je fuis; souvenez-vous, prince, de m'éviter.
Et méritez les pleurs que vous m'allez coûter!
et qui enfin, offensée par l'indigne ruse de Mithridate, déconcerte, humilie et fait rougir le vieux sultan par ce simple cri:
… Quoi, seigneur! Vous m'auriez donc trompée!
Monime (et plus tard Iphigénie) après Cornélie et Viriathe, c'est l'héroïsme qui a de la pudeur et de la grâce après l'héroïsme qui n'en avait pas. Monime fait des choses plus difficiles et plus dures que Viriathe et Pulchérie: mais elle les fait sans emphase. Racine introduit dans l'héroïsme le goût. (Je pense que madame de La Fayette se souviendra de Monime dans la Princesse de Clèves, et des femmes de Racine en général dans la Princesse de Montpensier et, dans la Comtesse de Tende, ce petit récit d'un tragique si fort et si contenu.)