J'ai dit un moindre crime à l'oreille divine;
Où je l'ai dit, la terre a fait croître une épine,
Et je n'ai jamais su si j'étais pardonné.
La confession nous est si naturelle, continue le Père Monsabré, qu'avant de passer à l'état d'institution chrétienne «elle était partout connue, prêchée, pratiquée.» Et là-dessus il nous cite «un législateur chinois», Socrate, Sénèque, saint Jean-Baptiste et un missionnaire qui a trouvé la confession établie chez les sauvages.—Fort bien; mais alors comment l'orateur a-t-il pu nous dire, dans la première partie de son discours, que la confession, si elle avait été inventée par d'autres que Jésus-Christ, eût paru «une nouveauté énorme, une obligation oppressive, la plus répugnante des humiliations?» Elle est donc tour à tour contraire ou conforme à la nature, selon les besoins de la cause! Cette radicale contradiction n'est sans doute qu'une inadvertance excusable; mais voilà ce que c'est que de vouloir démontrer là où l'essentiel est de toucher et d'instruire.
La seconde raison qu'on allègue pour ne pas se confesser, c'est que l'homme s'avilit en s'agenouillant aux pieds d'un autre homme. Se confesser à Dieu, à la bonne heure!—Mais, au contraire, ce qu'il nous faut, c'est un homme. Ici quelque chose de vraiment humain a amolli la voix de l'orateur:
Un homme, c'est ce qu'il nous faut. Comme nous, il est enfant de la femme; comme nous, il est pétri d'un limon abject; comme nous, il a senti l'aiguillon des convoitises; comme nous, il a lutté contre des penchants maudits; comme nous, peut-être, il est tombé. Sa vie a des échos dans notre vie; à la peinture de nos misères il reconnaît sa propre misère. Il ne peut vouloir être sévère sans qu'aussitôt mille voix crient dans son cœur: «Pitié! pitié!» sans que le poids douloureux de sa nature l'incline vers la miséricorde.
L'incrédulité reprend: «Nous confesser à un homme! Faire de notre vie la pâture de sa curiosité! Livrer nos plus redoutables secrets à la merci de ses indiscrétions, c'est impossible!» Écoutez la réponse du Père Monsabré: vous y sentirez, au commencement, de la bonne grâce et de la bonhomie, puis de la générosité et de la grandeur. Ç'a été le bel endroit du discours, le moment du «frisson».
Messieurs, les braves gens gui raisonnent ainsi oublient une chose qu'il est important de savoir: c'est que cette vie intime, ces redoutables secrets dont ils font tant de cas, sont, pour le prêtre qui en doit prendre connaissance, à leur centième, à leur millième et peut-être à leur dix millième édition, et qu'ainsi ils deviennent non plus la pâture de sa curiosité, mais d'une héroïque patience. Je voudrais pouvoir offrir à ceux qui redoutent la curiosité du prêtre dix ou douze heures de confessionnal: j'espère qu'au bout de ce temps il me demanderaient grâce et reconnaîtraient qu'il faut un sentiment moins trivial que la curiosité pour retenir le prêtre enchaîné aux fastidieuses redites de la conscience humaine.
Quoi! ce serait pour contenter une puérile passion qu'il écouterait si solennellement vos aveux? Laissez-moi vous le dire, messieurs, vous ne le connaissez pas. Expliquez-moi pourquoi, en vous parlant, je vous aime, vous qui n'êtes pas mon sang, vous que je ne connais, pour la plupart, que pour vous avoir aperçus du haut de cette chaire? N'est-ce pas que je vois sortir de vos yeux comme un flot de votre vie qui vient se mêler à ma vie? N'est-ce pas que je crois reconnaître dans ce signe une sorte de sacrement par lequel votre cœur vient chercher mon cœur? Et vous voudriez qu'au moment suprême où votre cœur se donne sans mystère et sans réserve, le prêtre n'accueillît cette tradition de tout vous-même que pour examiner froidement vos plaies saignantes et se jeter sur votre âme comme le dissecteur sur un cadavre? Qu'a donc fait le prêtre, qui puisse lui mériter cette injure?
Je regrette qu'après cela, pour nous montrer jusqu'à quel point le ministère sacré de la confession transfigure le représentant de Dieu, le Père Monsabré nous ait raconté l'histoire mélodramatique d'un prêtre confessant un mendiant et découvrant en lui l'assassin de son père et de sa mère. On se rappelle une scène semblable dans un mélo d'il y a trois ou quatre ans.
À côté des raisons que l'on dit, il y a les autres.
Ambition, cupidité, égoïsme, rapine, envie, haine, débauche du cœur et des sens, dépérissement de la foi, oubli coupable du devoir, affaissement de la moralité, lâcheté du respect humain: voilà, messieurs, les raisons qu'on ne dit pas, les seules déterminantes, aussi honteuses que les autres sont niaises.