Il est donc fort singulier que ce soit M. Soulary qui ait écrit ce vers:
Le sentiment du beau, c'est l'horreur du joli.
Eh! qu'entend-il par le joli? Est-ce que vraiment il croit avoir jamais aimé et cultivé autre chose? Au reste, il a bien tort de creuser un tel abîme entre le joli et le beau; car le joli n'est déjà pas si laid, et c'est peut-être le beau dans le tout petit, à moins que ce ne soit la coquetterie du tout petit dans le beau.
Toute chose, en passant par les mains de M. Joséphin Soulary, se rapetisse, s'amignote, s'amenuise, s'amignardise. Parfois, des idées qui avaient de la grandeur ou des peintures commencées d'un trait net, ferme, saisissant, se tournent en gentillesse, en pointe, en badinage grêle et vieillot. Lisez la pièce intitulée Émotions nocturnes: la première partie en est fort belle. Un homme, longeant un bois, la nuit, éprouve le vague effroi de tout ce qui grouille, bruit, glisse ou chuchote dans les demi-ténèbres:
La nuit tend sur le ciel brouillé
Ses ailes d'argent ponctuées;
La lune, comme un soc rouillé,
Laboure le champ des nuées.
..........
L'œil, aussi loin qu'il peut plonger
Dans la perspective indécise,
De chaque objet voit émerger
La Peur debout, couchée, assise.
..........
L'élytre, invisible grelot,
Sonne l'essor du scarabée;
Sous les mousses le surmulot
Grignote une noix dérobée.
De tous côtés partent des sons,
Notes grêles, sourdine éteinte;
On chuchote dans les buissons,
La flaque gémit, l'herbe tinte.