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Des formes vagues d'oiseaux lourds
Dans l'air entre-croisent leur voie...

L'homme se croit poursuivi par un être mystérieux qui le talonne. Il fuit, il arrive chez sa maîtresse. Ô chute! l'eau-forte aboutit à la vignette, les beaux vers pittoresques aux petits vers. «Nigaud, lui dit son amoureuse, c'est ton ombre dont tu avais peur. L'ombre qui te suit, c'est un veuf en peine. Dieu fit les ombres pour aller par paires. Marions-nous, et nos deux ombres se consoleront, et, dans neuf mois, de nos deux ombres il en sortira une troisième, et ainsi de suite; et, à ce compte, quand nous serons douze, nous serons vingt-quatre, toute une armée pour mettre la peur en déroute.»

J'y songeais, dis-je, ô ma Lucy!
Mais vingt-quatre est un bien gros nombre:
Moitié, c'est déjà grand souci,
Même en lui retranchant son ombre.

Et patati et patata. C'est joli assurément. Encore peut-être n'est-ce que gentil.

La Gypsie est encore une pièce qui commence par de beaux vers sonores et colorés et qui se termine par une toute petite chute, plus ridicule que risible. La gypsie est la personnification de la nature, de la poésie, de la liberté, de l'amour aventureux, de la sainte bohème. Le fou qui la suivrait, dit le poète, serait pauvre, honni des bourgeois, et se damnerait. «Il perdrait la sainte chimère de l'hyménée éternel,—mais il n'aurait pas de belle-mère!»

La nature, adonisée, a des frisettes, essaye des mines et fait la petite folle. Voyez ce que devient le large et magnifique printemps de Lucrèce ou de Virgile, le divin embrassement de Jupiter et de Cybèle. Le Soleil et la Terre échangent des petits vers. Phébus, faisant des jeux de mots, dit à sa petite femme: Ave, Maïa. Et elle l'appelle «bel ange» et «époux enjoué». Ailleurs,

La terre est la fiancée
Du gentil soleil;
La nouvelle en est criée
Par Avril vermeil;

et nous avons tout le détail de la noce. Le mari prépare la chambre. Le lit d'opale a pour rideaux des nuages agrafés aux étoiles. Puis la mariée s'habille. La Terre met son corset, et ses roses le font craquer, etc.

Vous connaissez cet autre thème éternel et grandiose: l'impassibilité de la nature opposée à la douleur et à la fugacité de l'homme. Or, voici un tout petit sonnet, quatorze petits vers, qui vous offrent, réduits à des proportions minuscules, le Lac, la Tristesse d'Olympio et le Souvenir de Musset. Un petit amant désespéré reproche à la Nature son sourire; et la Nature, plaisantine, mignarde et lilliputienne, lui répond: