Nigaud! que ton cœur éperdu
Se cherche une autre associée!

Deux pinsons qui vont s'adorer
À leurs noces m'ont conviée:
Je n'ai pas le temps de pleurer.

Ou bien le Soleil fait le pitre. C'est l'hiver; la toile est baissée, le théâtre est fermé. Le Soleil cependant «prépare sa rentrée».

Et, tandis qu'on grelotte, il vient par intervalle
Regarder plaisamment, l'œil au trou du rideau,
La grimace que fait son public dans la salle.

Le poète voit si petit qu'il nous décrit en détail la navigation de deux papillons sur une feuille de frêne, «l'un trônant à la poupe, l'autre siégeant au gouvernail»:

On voit passer sous leur corsage
Des frémissements convulsifs,
Et leur regard dégage
Mille rayons lascifs.

Des papillons qui ont des regards lascifs! Et il les voit! C'est de la poésie d'oiseau-mouche ou de libellule.

Je pourrais multiplier les exemples à l'infini, et cela m'afflige. Car ce ne sont point ici amusettes d'un moment, comme on en peut trouver dans Émaux et Camées ou dans les Chansons des rues et des bois. Ces amusettes sont presque toute la poésie de M. Joséphin Soulary. Quels sont, croyez-vous, les interlocuteurs d'une Querelle de ménage? L'âme, le corps et la mort, tout simplement. L'âme et le corps se chamaillent en style familier et bourgeois, comme pourraient faire M. et Mme Denis sur l'oreiller conjugal. Vous sentez le piquant? La Mort, qui passe, fait de l'esprit et les met d'accord.—Mais voici le «comble». C'est un sonnet intitulé: la Belle-mère (encore?), et où le poète développe cette pensée que, puisque nous sommes les époux de la Vie et que la Vie est fille de la Mort, nous avons la Mort pour belle-mère!

Vous avez vu, aux vitrines des boulevards, ces images ingénieuses, compliquées, ineptes, qui représentent de loin une tête de mort, et, de près, une nichée d'enfants ou le profil de Mme Sarah Bernhardt. Justement, non loin de ce chef-d'œuvre, s'étalent d'ordinaire Ma femme et Ma belle-mère, deux sujets qui se font pendant comme dans les Deux Cortèges. Et je songe avec tristesse que, si un photographe appliqué pouvait, par un jeu savant de lignes, insérer dans la tête de mort la silhouette de la belle-mère au lieu du profil de Sarah Bernhardt, il aurait «transposé» fort exactement le sonnet de M. Soulary: il aurait fait en art ce que M. Soulary a fait en poésie. Ce serait aussi spirituel; ce serait de même qualité et de même hauteur.

Dans ce genre de poésie, l'Amour, le terrible Amour d'Hésiode, le bel adolescent d'Anacréon, s'appelle «Bébé» (les Jeux divins; Enfant terrible). Une série de sonnets d'amour porte ce titre coquet et badin: «La battue au sentiment», tandis qu'une série de sonnets presque philosophiques est intitulée: «L'affût au raisonnement». Et quand le poète médite sur la destinée humaine, il appelle cela «agacer ce vieux sphinx du néant».