Pour enlever l'Albatros, un ponton où les bleus, vétérans de Bonaparte, gardent des chouans prisonniers, le marquis de Mauréac a séduit d'abord Anne-Yvonne Gallo, la femme du capitaine des bleus. Une nuit (c'est la nuit de Noël), il lui demande le mot d'ordre qui permettra d'accoster le navire. Anne-Yvonne refuse. Il lui arrache le mot en la «chauffant», c'est-à-dire en lui faisant brûler les pieds et les jambes jusqu'aux os, et il laisse ses compagnons l'enterrer encore vivante.

Pour le Roy!

Deuxième acte. En 1865.

René de Mauréac, fils du grand marquis, rencontre une petite comédienne d'opérette, Chérie-Mignon. Il la poursuit d'un désir aveugle, irrésistible, plus fort que la volonté, la raison et l'honneur. La fille résiste. Elle a peur. Il finit pourtant par l'épouser. Mais, pendant la nuit des noces, il essaye de l'étrangler; et elle, en se défendant, le tue d'un coup de couteau. Il tombe près de la cheminée et roule, les jambes dans le feu.

Chérie-Mignon est la petite-fille d'Anne-Yvonne Gallo.

René de Mauréac le sait.

Tous deux ont accompli ces choses sans le vouloir, et pour obéir à la suggestion du spirite Élias, 24, rue Rousselet, à Paris.

Je ne vous dis là que l'essentiel. Il faut lire le livre, il faut voir la mise en œuvre, avec quel art subtil et sûr toute l'histoire est conduite, et comment, dès les premières pages, M. Gilbert Augustin-Thierry sait nous envelopper de mystère, et, par la notation de détails très simples, mais inquiétants parce qu'on n'en voit pas le pourquoi, créer peu à peu autour de nous comme une atmosphère d'épouvante. J'ai rarement senti avec cette vivacité le désir de savoir ce qui arrivera et le délice d'avoir peur.

C'est comme qui dirait du Mérimée abondant,—et convaincu.

Convaincu, et même un peu solennel. M. Augustin-Thierry nous avertit, dans sa préface, qu'il a prétendu faire «une tentative littéraire nouvelle». Le vieux roman, le roman d'observation meurt d'épuisement. L'étude de l'homme «doit poursuivre sa recherche beaucoup plus haut que l'homme». La justice immanente et implacable qui gouverne secrètement l'histoire des familles et de leurs générations successives, le conflit de la personnalité humaine et des fatalités de l'atavisme; «les responsabilités solidaires» transmises par les pères aux enfants, le problème de la suggestion ... tels sont quelques-uns des sujets qui s'offrent aujourd'hui aux méditations et aux divinations de l'«artiste penseur».