Quelques-uns, pleins de bonne volonté, se mettent à collectionner des tableaux et des œuvres d'art. Mais, comme ils n'y entendent rien, ils sont dupés par les marchands et raillés par leurs amis. Et bientôt ils s'en dégoûtent. Ou bien, au contraire, ils finissent par s'y connaître un peu ... et alors, ils redeviennent (telle est la force du naturel) commerçants et brocanteurs. D'autres font courir et se retrouvent, par un détour, marchands et maquignons. D'autres font de la politique, sont députés ou sénateurs. Tous ces gens-là ne savent pas être riches.
Il y en a (de braves gens) qui fondent de leur vivant des hôpitaux et des œuvres philanthropiques. Il y en a d'autres (des malins) qui laissent pour cela des sommes après leur mort: ce qui est encore très bien. Et il y a des naïfs, parmi ces malins, qui lèguent des prix à l'Académie française.
Certes, tout cela est digne d'éloges, mais c'est à la portée du premier millionnaire venu. Or, ce que nous cherchons, ce sont les moyens d'être riche «artistement». Vous en avez trouvé un, dites-vous. Nous en reparlerons demain, monsieur, avec votre permission.
Paris, 1er octobre.
Monsieur,
J'ai oublié, dans ma lettre d'hier, l'occupation la plus commune des pauvres gens qui ont trop de millions. Elle nous est révélée par Théodore de Banville dans ses Occidentales. Le poète nous montre M. de Rothschild, dès l'aurore, mettant ses manches vertes et s'asseyant à son bureau de palissandre:
Il fait le compte, ô ciel! de ses deux milliards.
Cette somme en démence,
Et, si le malheureux s'est trompé de deux liards,
Il faut qu'il recommence!
Il y a beaucoup de sens dans cette hyperbole lyrique. Les grandes fortunes étant aujourd'hui dans la banque, les hommes les plus riches ignorent les beaux loisirs, travaillent comme des commis et emploient principalement leurs millions ... à en gagner d'autres.
Vous, monsieur, vous avez trouvé un moyen de dépenser avec noblesse les funestes revenus dont vous êtes embarrassé. Le journaliste à qui vous vous êtes confié vous fait dire: «... Chez moi, j'ai partout des tableaux sous les yeux. C'est très bien. Mais, quand je suis dehors? Je suis ennuyé de ne pas voir d'objets d'art... Eh bien, que voulez-vous? pour ne pas me condamner à vivre dans une galerie de tableaux, j'ai résolu de me composer un petit musée de statues à travers les rues de Paris.»