C'est plutôt maintenant qu'il est en train de devenir un grand coupable. Ces chers manuscrits, il les aime tant qu'il voudrait les éditer tous lui-même, ce qui est impossible, car «ils sont trop!» Je crois d'ailleurs qu'il n'a aucune hâte, au fond, de les livrer au grand jour. Et c'est cela qui est mal, très mal. Je le supplie d'y réfléchir. Son devoir évident est de s'adjoindre une petite brigade d'élèves de l'École normale ou de l'École des hautes études, et de tirer tout cela au clair et, vite, de tout publier; bref, de se donner un peu de peine pour notre plaisir... Un collectionneur égoïste n'est qu'un receleur distingué. Parfaitement!


Paris, 31 octobre.

Hier soir, 30 octobre, au théâtre du Gymnase, la langue française s'est enrichie d'une locution nouvelle qui est sûre de faire son chemin et qui, pour commencer, a eu grand succès dans les couloirs, pendant les entr'actes.

Les origines de cette locution, on les retrouverait dans une vieille image chère à la poésie élégiaque. Je ne vous rappellerai que cette strophe de Lamartine:

Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour?

Si le temps est un océan et s'il y passe des barques d'amoureux, il peut donc y passer aussi des navires ou, en style moins noble, des bateaux.

Ces bateaux, ce sont les générations humaines.

Vous avez maintenant toutes les clartés qu'il faut pour bien entendre des phrases comme celle-ci:

—Voilà comme nous sommes dans mon bateau. Plus de préjugés! Plus rien! Ça embarrasse, les colis.