Voulez-vous savoir ce qu'on peut faire de la valse? Allez sur le boulevard extérieur, dans un éden que signale aux passants un moulin lumineux aux ailes de pourpre flamboyante: vous y verrez valser une aimable fille dont le sobriquet exprime un appétit sans mesure, et un homme d'aspect sévère qui porte le même nom que le frère infortuné de Marguerite. Ce sont deux grands artistes. Elle tourne, que dis-je? elle tourbillonne autour de lui avec une rapidité si vertigineuse—et si aisée; il la soutient, il la guide, dans un caprice de pas sans cesse rompus et entre-croisés, avec une si impeccable sûreté; l'harmonie de leurs mouvements est si parfaite que, si vous espérez jamais voir une grâce plus précise unie à une force plus souple ... inutile de chercher, vous ne trouverez pas.
Et, vraiment, cela purifie l'air, que souillent, à côté, les Zétulbés et les Sélikas.
Le quadrille même, dansé par notre étoile faubourienne et par son compagnon, a une gaieté, un entrain, une gentillesse pas très distinguée, mais si bon enfant! Les jambes fines que moule la soie noire, dardées au plafond dans un enragé mouvement de balancier, parmi l'envolement neigeux des jupons, ont l'air si spirituelles et si contentes!
Les horreurs de la rue du Caire m'ont révélé la décence du cancan.
Et puis, elles sont parfois exquises, nos petites danseuses montmartroises.
Une d'elles a eu l'autre soir un bien beau cri de piété filiale.
—Dans quels termes es-tu maintenant avec Fuite-de-gaz? lui demandait-on.
Elle qualifia durement son ancienne amie et ajouta:
—Elle a eu le toupet de faire écrire par un journaliste de quatre sous qu'elle était de bonne famille et qu'elle avait été institutrice ... oh! là là!... et que, moi, ma mère m'avait vendue à treize ans!
Puis, avec l'accent d'une généreuse indignation: