Les hommes ont horriblement souffert et ont été horriblement méchants, quoi que vous disiez, même dans le temps où votre chimère d'une foi unique était le plus près d'être une réalité. Alors? Pourquoi n'essayerions-nous pas d'autre chose? Vous seul êtes logique, c'est entendu: mais, par exemple, pourquoi avez-vous raillé si durement ces chrétiens qui, tout en partageant l'essentiel de vos croyances, en ont accommodé une partie à l'œuvre purement humaine, toujours défaite et toujours recommençante, de construction sociale qui se poursuivait autour d'eux? On dirait que vous ne voulez nous laisser le choix qu'entre le catholicisme universel (vous savez bien que ces deux mots ne forment pas, hélas! un pléonasme)—et l'anarchie, le «il n'y a rien». N'est-ce pas un peu imprudent?
Mais aussi que cela est rare et fier! Et que vous eûtes raison de vous entêter dans un rêve qui vous a rendu, vous, si noble, si bon et si grand! Je relis les vers que vous écrivîtes, un jour, pour votre tombe:
Placez à mon côté ma plume:
Sur mon front le Christ, mon orgueil;
Sous mes pieds mettez ce volume;
Et clouez en paix le cercueil.
Après la dernière prière,
Sur ma fosse plantez la croix;
Et, si l'on me donne une pierre,
Gravez dessus: J'ai cru, je vois.
Dites entre vous: «Il sommeille;
Son dur labeur est achevé»;
Ou plutôt dites: «Il s'éveille;
Il voit ce qu'il a tant rêvé.»
.........
Ceux qui font de viles morsures
À mon nom sont-ils attachés?
Laissez-les faire; ces blessures
Peut-être couvrent mes péchés.
.........
Je fus pécheur, et sur ma route,
Hélas! j'ai chancelé souvent;
Mais, grâce à Dieu, vainqueur du doute,
Je suis mort ferme et pénitent.
J'espère en Jésus. Sur la terre
Je n'ai pas rougi de sa loi;
Au dernier jour, devant son Père,
Il ne rougira pas de moi.
Laissez-nous embaumer votre mémoire, respectueusement, dans cette sublime épitaphe.[Retour à la Table des Matières]