M. Paul Hervieu s'est préparé de loin, de très loin, à l'œuvre par laquelle, surtout, il vaut.
Il a commencé par aimer le type le plus contraire à celui de l'homme du monde: le type du réfractaire, de l'homme qui vit volontairement en dehors des conventions (Diogène le chien). Puis il a compris et aimé les humbles héroïques (l'Alpe homicide) et hanté la montagne et la vierge nature avant les salons.
De là, chez M. Hervieu, l'absence complète de snobisme, la redoutable clarté du regard, la justesse de la perspective. Perrichon a raison: «Que l'homme, même du monde, est petit, vu de la mer de Glace!»
Puis, il a écrit des histoires de fous dont on peut se demander si ce sont des fous (l'Inconnu, les Yeux verts et les Yeux bleus), et étudié certains mystères soit de l'imagination, soit de la chair et du système nerveux (l'Exorcisée).
De là sa compétence et son acuité dans la description d'un monde dont la grande occupation est l'amour et en qui l'excitation artificielle et continue des sens aboutit volontiers aux énigmatiques névroses.
Ainsi, l'alpinisme d'une part, la charcotisme de l'autre—sans compter certains exercices d'observation minutieuse et ironique (Deux Plaisanteries)—ont contribué à faire de M. Paul Hervieu le peintre le plus pénétrant peut-être, le plus profond, le plus hardi—et le moins suspect d'illusion ou de complaisance—des infortunés mondains[5].
Assurément je voudrais qu'il écrivît une langue moins difficile et d'une syntaxe plus sûre. Il le pourrait sans rien perdre de sa froide et coupante subtilité. Mais tel qu'il est, et mutatis mutandis (relisez, je vous prie, les lettres du prince de Caréan), je ne suis pas éloigné de considérer dès maintenant Paul Hervieu comme notre Laclos[6].[Retour à la Table des Matières]
MARCEL PRÉVOST
Il n'est pas de plus habile jeune écrivain que M. Marcel Prévost. Je n'en vois point qui ait plus adroitement administré de plus heureux dons naturels. Avec le talent il a, au plus haut point, le savoir-faire.
La malignité publique est telle qu'on voudra peut-être voir, dans cette constatation, une manière de mauvais compliment. Pourquoi? Ce dont vous faites un mérite à un trafiquant ou à un homme politique, pourquoi votre pudeur s'en offenserait-elle quand vous le rencontrez chez un artiste? Un romancier est-il obligé d'être gauche dans sa conduite? «Vous n'en parlez que par envie.»