Roule
En grésillant leur triste idéal qui s'écroule.

Voilà des métaphores qui ne se suivent guère. Je tourne la page. J'y lis que, dans l'Inde antique,

Une connexité grandiosement alme
Liait le Kçhatrya serein au chanteur calme.

Je continue à feuilleter. Je trouve des «grils sculptés qu'alternent des couronnes» et «des éclairs distancés avec art», et de très nombreux vers comme celui-ci, qui unit d'une façon si choquante une expression scientifique et des mots de poète:

L'atmosphère ambiante a des baisers de sœur.

Ces bigarrures fâcheuses, ces dissonances baroques, vous les rencontrez à chaque instant chez M. Verlaine, et plus nombreuses d'un volume à l'autre. Chose inattendue, ce poète, que ses disciples regardent comme un artiste si consommé, écrit par moments (osons dire notre pensée) comme un élève des écoles professionnelles, un officier de santé ou un pharmacien de deuxième classe qui aurait des heures de lyrisme. Il y a une énorme lacune dans son éducation littéraire. La mienne, il est vrai, me rend peut-être plus sensible que de raison à ces insuffisances et à ces ridicules.

C'est amusant, après cela, de le voir faire l'artiste impeccable, le sculpteur de strophes, le monsieur qui se méfie de l'inspiration,—et écrire avec béatitude:

À nous qui ciselons les mots comme des coupes
Et qui faisons des vers émus très froidement...
Ce qu'il nous faut, à nous, c'est, aux lueurs des lampes,
La science conquise et le sommeil dompté.

Mais cet écrivain si malhabile a pourtant déjà, je ne sais comment, des vers d'une douceur pénétrante, d'une langueur qui n'est qu'à lui et qui vient peut-être de ces trois choses réunies: charme des sons, clarté du sentiment et demi-obscurité des mots. Par exemple, il nous dit qu'il rêve d'une femme inconnue, qui l'aime, qui le comprend, qui pleure avec lui; et il ajoute:

Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la vie exila.