Dans un palais | soie et or, dans Echatane,
De beaux démons |, des satans adolescents,
Au son d'une musi | que mahométane
Font liti | ère aux sept péchés | de leurs cinq sens.

Les deux premiers vers semblent coupés après la quatrième syllabe; soit. Mais le suivant est coupé (fort légèrement) après la sixième, et l'autre après la troisième ou la septième.

D'autres fois, quand M. Verlaine emploie les vers de dix syllabes, il les coupe tantôt après la cinquième, tantôt après la quatrième syllabe. C'est-à-dire qu'il mêle des rythmes d'un caractère non seulement différent, mais opposé.

Aussi bien pourquoi | me mettrais-je à geindre? (5, 5)
Vous ne m'aimez pas |, l'affaire est conclue,
Et, ne voulant pas | qu'on ose me plaindre,
Je souffrirai | d'une âme résolue (4, 6).

Ainsi, dans la plus grande partie de l'œuvre poétique de M. Verlaine, les rapports de nombre entre les hémistiches varient trop souvent pour nos faibles oreilles. Maintenant, si le poète chante pour être entendu de lui seul, c'est bon, n'en parlons plus. Laissons-le à ses plaisirs solitaires et allons-nous-en.

X.

Non, restons encore un peu; car, avec tout cela, M. Paul Verlaine est un rare poète. Mais il est double. D'un côté, il a l'air très artificiel. Il a un «art poétique» tout à fait subtil et mystérieux (qu'il a, je crois, trouvé sur le tard):

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise:
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'indécis au précis se joint...

Car nous voulons la nuance encor
Pas la couleur, rien que la nuance
Oh! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve, et la flûte au cor...