—Eh! croyez-vous que je songe à moi?

—Hélas! vous que j'ai vue si bonne pour les faibles et pour les affligés, si compatissante aux femmes, aux enfants…

—C'est aussi à eux que je songe aujourd'hui.

Frida, énervée, sentait avec désespoir qu'elle serait vaincue dans cette lutte de paroles. Sa gorge se serrait… Soudain, tout son coeur se délivra dans un cri:

—Non! non! allez-vous-en! C'est trop lâche, voyez-vous, c'est trop lâche!

La vieille femme répondit avec douceur:

—Le meurtre n'est pas lâche quand c'est l'éternelle justice et l'éternel amour qui le commandent, quand la main qui donne la mort est désintéressée et quand, d'ailleurs, le coup est rapide et inopiné et n'ajoute point à la mort la souffrance. Le meurtre, enfin, n'est pas lâche quand le meurtrier a fait d'avance le sacrifice de sa vie… Moi, je ne tiens pas à la mienne.

Elle continua, d'un ton plus âpre:

—Ah! ah! cela est facile et charmant d'aimer la justice et d'avoir pitié des opprimés quand tout se passe en rêves et en belles paroles. Vous avez cru que cela durerait toujours, et, quand il s'agit de mettre pour de bon la main à l'ouvrage et de tuer ou de mourir, cela vous paraît dur, vous faites la dégoûtée, et votre tendre coeur se révolte… Ah! ah! qui donc est lâche de nous deux?

—Allez-vous-en, reprit Frida. Allez-vous-en!