—Non, pas trop… En vérité, je n'ai pas de chance… Vous savez, car je n'ai jamais rien eu de caché pour vous, qu'Otto m'avait tout à fait abandonnée… Et, presque tout de suite après qu'il m'est revenu et qu'il s'est montré si bon, si tendre, je me suis mise, moi, à être malade. C'est bien prendre mon temps!

Hermann songea:

«Pauvre innocente! Il t'est revenu parce qu'il avait besoin d'argent et que, t'ayant mortellement offensée, il n'avait sans doute pas d'autre moyen de s'en faire donner. Et il a été plus infâme en se rapprochant de toi qu'il ne l'avait été en te délaissant. Et ta maladie est la même que celle dont se meurt ta demoiselle d'honneur dans son honnête famille… Et tu ne sais pas tout… Moi non plus, du reste… Il n'y a que la police secrète, les usuriers et les proxénètes de cette bonne ville qui connaissent entièrement mon délicieux frère….»

Il quitta brusquement la princesse Gertrude. Il venait d'apercevoir, à l'autre extrémité du salon, Otto et Frida de Thalberg. Leur entretien semblait animé; lui, ricanant, son grand nez penché sur la nuque fauve et les épaules lactées de la jeune fille; elle, le sourcil froncé et rougissante un peu.

Otto l'avait rejointe au moment où elle gagnait une des portes qui donnaient sur la terrasse:

—Permettez-moi de vous accompagner, mademoiselle.

Surprise, elle s'était arrêtée. Et lui, toujours avec son ricanement:

—Vous ne sortez plus? Vous avez peur de moi?

Il se dandinait sur ses longues jambes, cherchant un sujet de conversation, et, se rappelant l'incident de l'après-midi:

—Eh bien! nous avons donc été grondée?… Elle manque de moelleux, hein? la princesse Wilhelmine.