—Merci, mon cher cousin, fit simplement le prince héritier. Et merci d'être venu: cela a dû te coûter un véritable effort.

Renaud s'éloigna, l'allure à la fois dédaigneuse et inquiète, comme un homme déshabitué de ces cérémonies. Au lieu de l'uniforme de gala auquel il avait droit, il portait un habit de cour tout uni et très sec et paraissait un peu gêné maintenant d'une simplicité de costume qui faisait tache parmi toutes ces chamarrures.

Au moment où Renaud passait devant la double rangée des demoiselles d'honneur de la princesse royale:

—Vous n'avez pas l'air de vous amuser beaucoup, monseigneur, chuchota derrière lui une voix de femme.

Renaud se retourna. Celle qui l'interpellait avec cette familiarité gentille était une frêle personne; de figure délicate, avec des yeux pâles et de lourds cheveux d'un roux doré.

—Et vous, mademoiselle Frida? dit le prince, très cordial et comme se retrouvant en connaissance.

—Oh! moi, j'ai l'habitude… Vous arrivez de France, monseigneur?

—J'étais à Paris le mois dernier, mademoiselle.

—Qu'y avez-vous vu de nouveau?

—Pas grand'chose. Paris a maintenant son métropolitain. Ça lui donne l'air moins petite ville, mais ça gâte bien ses paysages, qui étaient si jolis! Et on ne s'en écrase pas moins au carrefour Montmartre.