Renaud adora soudain la délicieuse gymnaste, et, bien qu'il se crût à jamais dégoûté des arts de l'écriture et du dessin, il l'adora principalement parce qu'elle lui rappelait une des figures du Printemps de Botticelli et qu'elle ressemblait à celle qui, dans la ronde des trois femmes aux doigts entrelacés, montre son dos délicat et son profil ingénument pensif.
Il vint la revoir plusieurs fois. Il se postait sur son passage quand elle sortait de l'arène. Son angélique sérénité le ravissait.
Un soir, dans les écuries du cirque, il se fit présenter par un clown de ses amis les parents de Lollia. C'étaient un gros homme et une grosse dame qui avaient un air de grande honnêteté. Le gros homme tendit sa carte au prince. La carte portait ces mots:
ANTONIO TOSTI
Ex-artiste gymnaste et clown
PERE
de l'illustre équilibriste aérienne
la signiorina Lollia Tosti
A ce moment, le régisseur vint dire qu'on tendait le filet pour les exercices de Lollia.
La jeune fille s'approcha de sa mère et l'embrassa:
—Addio, mama.
Et elle fit le signe de la croix avant d'entrer sur la piste.
—Une habitude d'enfance! dit madame Tosti au prince.
Renaud interrogea la bonne dame. Lollia était très pieuse. Sa loge était pleine d'images saintes. Les bouquets qu'on lui jetait, elle avait coutume de les porter à une chapelle de la sainte Vierge.