Otto entra, visiblement agité. Mais son sourire d'éternelle gouaille restait figé sous sa moustache rousse.
—Le moment, dit Hermann, n'est peut-être pas des mieux choisis.
—C'est qu'on ne te voit pas comme on veut… Et puis… je vais te dire… je n'ai pas eu le choix du moment. D'ailleurs, aujourd'hui ou un autre jour… Pour moi, je suis bien tranquille.
—Tant que cela?
—Oui, quoique tu ne fasses pas grand'chose pour rassurer les gens paisibles, soit dit sans reproche. Je connais tes idées. Tu te figures que tes douze ou quinze mille prolétaires vont faire gentiment leur petite promenade et qu'il n'y a qu'à ne pas les contrarier pour qu'ils restent sages… J'en doute très fort, mais je raisonne.
—Voyons.
—C'est bien simple. De deux choses l'une: ou tu vois juste (ce qui est possible), et tout se passera en douceur; ou tu te trompes, et alors tu feras comme on a fait avant toi: tu te défendras,—un peu plus tard seulement. Il y aura un peu plus de casse que si tu t'étais défendu tout de suite; mais ça reviendra au même. Nous aurons le dernier mot, cette fois-ci encore et quelques autres, parce que, provisoirement, nous sommes les plus forts; je dis nous et notre bonne noblesse, et notre délicieuse bourgeoisie. Évidemment, nous n'en avons pas pour longtemps; mais la machine durera bien autant que nous. Je n'en demande pas plus, moi.
—Brave coeur!
—Je ne suis pas un sentimental… Mais parlons de mon affaire. Je t'en ai déjà dit un mot, il y a quelques jours…
—Cette concession de mines?