—Ne parlez point à la légère, Otto. Chacune de vos paroles me fait une plaie au plus profond du coeur.
—Eh! ma chère Wilhelmine, je dis ce qui est. Vous, moi, nous tous, nous sommes présentement entre les mains de cette petite aventurière: voilà la vérité. Si dix mille insurgés parcourent triomphalement les rues de la ville, c'est parce que mademoiselle Frida ne veut pas qu'on les dérange… Et voilà comment se fait l'histoire et comment se perdent les royaumes.
—Non, Otto, je ne vous crois pas, je ne veux pas vous croire. Si cela était vrai, d'abord, il la garderait auprès de lui, il ne voudrait pas se séparer d'elle… Cette fille l'a amusé par ses bizarreries; puis il s'est attaché à elle, comme il arrive, justement parce qu'il lui avait été secourable. Rien de plus, je le jurerais.
—Alors, pourquoi est-ce vous, tout à l'heure, qui l'avez nommée la première?
—Parce que je crains tout, parce que je suis folle… Mais, enfin, voilà des mois qu'elle est chez son grand-oncle, le marquis de Frauenlaub…
—Chez son grand-oncle? dit Otto, feignant l'étourderie.
—Oui. Est-ce qu'elle n'est pas chez son grand-oncle?
—C'est possible. Où demeure-t-il?
—Mais… au château de Frauenlaub.
—Ah?