—Ne me dites plus de paroles dures, Hermann. Je sais combien le devoir que vous avez accompli vous a été douloureux et j'en ai, comme vous, le coeur brisé… Et c'est pour cela que je viens à vous, afin que, dans cette épreuve, vous sentiez auprès de vous quelqu'un qui vous aime. Je voudrais vous être bonne à quelque chose, vous consoler, vous réconforter un peu…

—Non, Wilhelmine, laissez-moi. De nous deux, c'est moi qui ai des faiblesses de femme; je vois que je vous fais pitié, et je ne le veux pas… J'ai besoin d'être seul… Dès que je pourrai, j'irai me réfugier à Loewenbrunn.

—A Loewenbrunn? demanda Wilhelmine, inquiète.

—Oui. Là seulement, voyez-vous, je m'apaiserai, j'oublierai…

—A Loewenbrunn? Mais, Hermann, il est impossible que vous songiez à quitter Marbourg en ce moment. Qui vous dit que c'est fini et qu'ils ne recommenceront pas demain?

—J'attendrai ce qu'il faudra. Soyez sans crainte: j'ai commencé à tuer; je continuerai, s'il le faut… Mais, selon toute apparence, le peuple a son compte, du moins pour un temps… J'espère donc pouvoir, dans quelques jours, aller à Loewenbrunn auprès de mon père.

—J'irai avec vous, Hermann.

—Non, Wilhelmine, je vous en prie. Ce qu'il me faut, c'est la plus profonde solitude. Je vivrai là en ermite, en sauvage; je ne veux ni cour ni étiquette, rien de ce qui vous est nécessaire à vous. Vous vous ennuieriez trop, je vous assure.

—Je ne m'ennuierai pas, mon cher Hermann, puisque je serai avec vous… J'ai bien réfléchi… Je serai pour vous ce que je n'ai pas su être aux premiers temps de notre mariage. Vous me direz ce qui vous déplaît en moi, et je tâcherai de m'en corriger. Je m'intéresserai à ce qui vous intéresse; je ne vous froisserai plus, je ne vous contredirai plus; j'essayerai d'entrer dans vos idées…

—Mes idées? ricana Hermann. Est-ce que j'en ai encore?… Non, Wilhelmine, non, encore une fois. Je viens de sauver—et cela a coûté du sang—la chose à laquelle vous tenez le plus au monde: votre pouvoir. Que vous faut-il de plus?