—Pour retrouver votre maîtresse, n'est-ce pas?

Hermann la regarda des pieds à la tête. Elle ressemblait à une statue de la Tragédie, avec son nez droit, ses sourcils rapprochés, l'arc trop régulier de ses lèvres, son cou robuste. Ce n'était pourtant pas sa faute, à la pauvre femme, si sa beauté classique ajoutait une majesté théâtrale à l'expression la moins surveillée de ses sentiments les plus sincères. Mais cela l'agaçait, lui, qu'elle fût belle de cette beauté-là el qu'elle ressemblât toujours à un plâtre de l'École des Beaux-Arts.

—Ah! dit-il, voilà donc le secret de ce grand changement! Vous jalouse, madame! Fi!

—Oui, jalouse. Car, si tu me repousses avec cette dureté, c'est que tu appartiens tout entier à cette femme, qui est ton mauvais génie. Toutes tes lâchetés d'aujourd'hui, c'est elle qui en est coupable; et, si tu es tout épouvanté d'avoir fait ton devoir, ah! malheureux! c'est que tu songes au compte qu'il faudra lui rendre. Elle me prend mon mari; à cause d'elle, tu oublies d'être père et d'être roi; je suis menacée par elle comme femme, comme mère, comme reine… Mais qu'elle prenne garde! Je me défendrai. Et par tous les moyens, entends-tu bien? J'en fais ici un grand serment!

Il haussa les épaules, moins par dédain que par lassitude.

—Tu as tort, reprit-elle d'un ton lent et grave, tu as tort de mépriser cet avertissement. Pour défendre mes droits, c'est-à-dire pour faire mon devoir, tu ne sais pas encore de quoi je suis capable.

Il répondit d'un air d'ennui:

—Madame, vous vous trompez, je n'ai point de maîtresse à Loewenbrunn.

—A Loewenbrunn ou ailleurs! De grâce, ne descendez pas à mentir, prince de Marbourg.

—Madame, je vous donne ma parole royale (vous croirez à celle-là, j'espère) que mademoiselle de Thalberg n'est pas ma maîtresse. Et, maintenant, vous viendrez à Loewenbrunn, si vous voulez.