Le lendemain, de bonne heure, j'étais chez Golding. Je ne vous dissimulerai pas qu'il m'avait fallu une certaine audace pour me rendre chez le sollicitor.
Mais la curiosité fut plus forte que l'inquiétude. Je voulais savoir s'il se souviendrait. Pourquoi ce doute? Il était bien évident qu'il ne pouvait avoir oublié ce qui s'était passé la veille au soir, à moins que…
Eh bien! c'était justement cette idée qui me tourmentait. Je croyais —mais ceci ne venait d'aucune déduction, c'était un instinct—qu'il n'avait pas eu conscience de ce qui s'était produit après six heures.
Et tenez, j'avais raison. Voilà maître Golding qui me reçoit avec la plus grande affabilité. Bien mieux. Il me parle de notre petit repas et d'une certaine sauce, comme si rien que de très naturel n'avait accompagné son départ. Il est toujours le même, teint fleuri, oeil émerillonné. Je crois qu'au besoin il accepterait une seconde invitation.
Je me retire. Mon plan est fait. Vous l'avez deviné. Pour procéder par ordre, il faut maintenant connaître deux autres points importants:
1º Où va maître Golding? 2° Quels sont les deux gentlemen en question?
Ceci me paraît facile. À six heures, je serai là.
Oh! je vous avoue que j'ai la fièvre. C'est une rude tâche que j'ai entreprise; mais aussi que son accomplissement me promet de jouissances!
Je saurai tout… Quand je prononce ces trois mots, je sens que je serai payé au centuple de mes peines.
Aussi, dix minutes avant que l'heure sonne, je suis là, blotti dans un coin, à quelques pas de sa porte. Je sais qu'il est dans son étude. Je n'aurais pas commis cet enfantillage de ne pas m'en assurer.