J'y avais mis de la patience. J'avais apporté moi-même une échelle de corde, garnie de crampons en fer, et je l'avais enfouie au pied du mur d'enceinte. J'avais, bien entendu, constaté d'abord que l'entablement du mur présentait une saillie suffisante pour que mes crochets pussent s'y fixer aisément.
Autre détail important. Car je n'étais pas homme à rien négliger. Il n'y avait à l'intérieur ni jardinier ni chien de garde,—pas une créature vivante.
Une fois déjà, le matin, j'étais parvenu à regarder par-dessus la crête de la muraille, et au pied de la maison, j'avais aperçu une porte vermoulue, entr'ouverte et laissant entrevoir la première marche d'un escalier. Évidemment c'était un escalier de service, qui—autrefois—était destiné aux domestiques. Car il y a quelque dix ans, la maison appartenait à un gentleman du nom de Richardson, qui était mort subitement quatre mois après sa femme, et qui menait grand train, à ce qu'on m'avait assuré.
Toutes mes mesures étaient bien prises. J'avais une lanterne sourde qui se pouvait attacher à ma ceinture et dont l'ouverture—soigneusement entretenue—ne laissait échapper de lumière que tout juste ce qu'on voulait. J'avais d'abord pris un couteau; mais à quoi bon? Un couteau m'avait paru inutile et je l'avais rejeté.
Mes pieds étaient chaussés de souliers épais à semelles d'étoffe, ne faisant aucun bruit…
J'éprouvais un âpre plaisir à passer en revue mon arsenal d'investigateur. J'étais froid et calme! Au pied du mur j'attendais que six heures sonnassent, car je savais qu'il me restait tout le temps nécessaire pour être—avant eux—dans la maison.
Allons, l'heure est venue! L'échelle s'accroche au mur, la lanterne est à ma ceinture…, courage!
XIII
Je suis chez moi!… enfin!… je suis rentré en courant, en fuyant. Comment ai-je retrouvé ma route! il me semblait que j'étais entraîné dans un rhombus vertigineux. Ma tête éclate sous les coups de la harpie migraine. Confierai-je au papier ce que j'ai vu, ce que je sais! J'hésite, car je ne puis croire moi-même à la réalité de cette scène atroce. Et cependant cela est, j'étais bien éveillé,—oh! oui, bien éveillé. Maintenant le cauchemar danse dans mon cerveau, dont les parois plient sous cette sarabande comme un plancher mal lié. Étrange cauchemar, en vérité, n'étant que le souvenir d'un homme éveillé, et qui eût souhaité de dormir…
Où en étais-je resté? Ah! je sais… J'avais jeté l'échelle de corde sur le rebord du mur, et les crochets avaient trouvé leur point d'appui. Je montai lentement, avec précaution. Puis, arrivé à la crête du mur, j'attirai l'échelle à moi, et je la suspendis, de telle sorte que je pusse descendre. Je faisais tout cela régulièrement, sans me hâter, car je savais que j'avais tout le temps nécessaire.