Je me trouvai dans le parc. C'était, ma foi, assez loin de la maison. Je traversai plusieurs allées, et je dus passer devant la petite chapelle blanche dont j'ai parlé… Là, inconsciemment, je me sentis saisi de nouveau par une impression indéfinissable… le rayonnement de ce monument affectait mes nerfs; mais je ne m'arrêtai pas. Je tendais à la petite porte que j'avais vue. Je l'eus bientôt atteinte. Je la poussai. Les gonds étaient rouillés, et, en tournant, la porte fit entendre comme un râle, dont l'écho se répercuta dans l'escalier. Car, je ne m'étais pas trompé, il y avait là un escalier. La lune s'était levée de bonne heure, ce soir-là. Et sa lueur blanchâtre, se heurtant contre le cadre de la porte, découpait sur les premières marches un rectangle éclatant. Au-dessus, l'obscurité…, une obscurité en quelque sorte humide. Il me semblait entendre la muraille et le bois des marches craquer sous le rongement de la moisissure, dont l'odeur âcre me prenait à la gorge.
Il y avait longtemps qu'on n'était passé par là. Mais—fait bizarre—par une sorte de révélation intuitive, il me sembla—d'où venait cette pensée qui s'imposait à mon esprit comme une certitude?—que c'était par là que l'on était sorti. Quand cela? Je n'aurais su le dire… Cependant j'aurais pu formuler ma préoccupation: Quand s'étaient posés les termes du problème?.
Je sentais—oui, c'était plutôt un sentiment (je dirais presque une sensation) qu'une idée—que la topographie du mystère cherché pouvait se tracer en un triangle, dont la chapelle eût été le sommet et dont la porte que je franchissais et la chambre que j'avais vue éclairée eussent été les deux autres angles.
Je m'engageai courageusement dans l'escalier. Nul bruit. J'entr'ouvris la lanterne que j'avais détachée de ma ceinture, et je montai. Mes pas ne faisaient aucun bruit. Je comptais les marches, machinalement, uniquement pour obéir au besoin qui me possédait de donner un aliment à mon attention.
Ai-je dit que la maison avait deux étages, sans compter un rez-de-chaussée et un sous-sol?
J'atteignis le premier étage. Là, je refermai ma lanterne, car une ouverture ménagée dans la muraille permettait à la lune d'éclairer le palier. Je vis une porte à ma droite. Évidemment elle donnait accès dans les appartements. Cependant je m'arrêtai un moment, et je réfléchis.
La fenêtre que j'avais vue éclairée était la troisième, à partir du côté de la maison regardant le parc. Donc il y avait, de l'autre côté de cette porte—qui était là devant moi—une ou deux pièces, éclairées par les deux fenêtres sombres. De plus, sur ces deux fenêtres, je n'avais remarqué aucun reflet de lumière, si léger qu'il fût. Donc, il n'existait pas de communication directe, patente, entre ces pièces et celle que je voulais surveiller.
Ceci me décida. Je cherchai la serrure. Elle s'ouvrait au moyen de ces becs de canne si fréquents dans nos vieilles maisons. Je posai la main dessus et je poussai.
La porte résista. Évidemment elle était fermée en dedans. Mais comment? je craignis alors d'avoir commencé trop tard et de n'avoir pas le temps de prendre toutes mes dispositions avant l'arrivée de mes hommes.
Il fallait d'abord savoir si la porte était fermée par un double tour ou par tout autre moyen. Il y avait une serrure: je soufflai vigoureusement par le trou, et j'acquis la certitude que la clef n'était pas en dedans. Alors, j'ouvris de nouveau le bec de canne, et appliquant en même temps mon épaule à la hauteur de la serrure, j'appuyai de tout mon effort. Je remarquai alors que la porte cédait dans cette partie depuis le sol. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas de double pêne, mais qu'un verrou au-dessus de la serrure retenait la porte à l'intérieur.